Yvette Schopfer, marathonienne à 84 ans !

©Sandra Culand/DR

Yvette Schopfer a couru son premier marathon à 81 ans à Berlin, puis a enchaîné avec celui de New York. Vivant au Mont-Pèlerin, elle a connu, petite, la guerre en Normandie. Yvette est plus jeune que jamais.

Le week-end avant notre rencontre, Yvette Schopfer avait disputé les 15 km de Kerzers, une course à pied très prisée qui ouvre la saison automnale. « Je m’étais fixée 2 heures. J’ai mis 2 heures et 23 secondes, il faisait très chaud, j’étais bien, j’y suis allée à mon rythme. J’étais drôlement contente à la fin. » Le week-end suivant, Yvette était inscrite au semi-marathon de Sarnen (Obwald), pour la huitième fois consécutive. « C’est organisé par Viktor Röthlin (NDLR, athlète suisse champion d’Europe de marathon) en personne. Autour du lac, on traverse plein de villages très fleuris, c’est impeccable. »
Des mordus qui écument les courses, il y en a plein. Mais la pétillante Yvette Schopfer, qui vit au Mont-Pèlerin au-dessus de Vevey, n’est pas une coureuse tout à fait comme les autres: elle fêtera ses… 84 ans le 2 décembre prochain. Dans pratiquement toutes les courses, elle est la doyenne. « Je suis la mami », rigole-t-elle, avec son humour, son art de ne jamais se prendre au sérieux, vive comme à 20 ans. « Mais vous avez quel âge ? », c’est la question que me posent le plus souvent les spectateurs comme les coureurs. Je suis gâtée, les gens sont toujours très gentils avec moi. J’aime le contact et, dans les pelotons, tout le monde se parle, se tape sur l’épaule en se disant: « Vas-y. » 

 

Modeste

Aussi alerte que modeste, Yvette n’est pas du genre à se vanter de ses exploits. « Ma voisine a découvert que je faisais des courses en tombant sur un petit article dans le journal. Elle m’a félicitée en s’étonnant que je ne lui en aie jamais parlé avant. Ben non, je n’aime pas faire la maligne », sourit-elle. 
Si cette ancienne employée de bureau court, s’adonne avec autant d’assiduité à la course, c’est parce que ça lui fait du bien, qu’elle aime ça, et pas par goût du défi. « Si vous restez sur le canapé à mon âge, vous attrapez mal partout. Il m’arrive de regarder la télé, mais seulement les bonnes émissions. Je déteste rester enfermée, encore plus depuis que j’ai arrêté de travailler. Quand je cours, je ne réalise pas mon âge. J’y vais tranquille. » Et d’ajouter, non sans une pointe de fierté: « L’autre jour, mon médecin traitant à Chardonne, bientôt retraité, m’a présentée à sa remplaçante en lui disant : « Voilà Madame Schopfer, 
ma patiente la plus sportive. » 

 

« Mon papa était si fier »

Yvette avait pas moins de 81 ans quand elle a couru son premier marathon, à Berlin. Elle était accompagnée, comme toujours, par Jean-Marc, son époux, beaucoup plus jeune qu’elle. « Généralement, il y va à son rythme et m’attend à l’arrivée. Mais, là, comme c’était une première, il est resté avec moi. J’ai mis 6 heures 01, une fois la ligne franchie, j’étais sûre que j’étais la dernière quand Jean-Marc m’a dit de me retourner. Or, il y en avait encore beaucoup qui n’avaient pas fini. J’ai pleuré. J’aurais tellement voulu que mes parents soient là. Mon papa était si fier quand on ramenait des diplômes à la maison. » 
Quelques mois plus tard, Yvette a enchaîné avec le plus mythique des marathons: New York et son ambiance à nulle autre pareille, sa plus belle expérience à ce jour, conclue en 5 heures 55, plus vite qu’à Berlin. « Tout le long du parcours, on est emporté par une foule qui vous encourage. Je n’ai pas senti le temps passer. Il y a des groupes de gospel, des gens qui tapent sur des casseroles. Si c’est possible, je repars direct. »

 

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Sur le tard

Longtemps adepte du nordic walking, la marche rapide avec des bâtons, Yvette a démarré l’aventure de la course après un défi, voilà une dizaine d’années. « En assistant aux 20 km de Lausanne avec mon mari, je l’ai charrié en lui disant: « Et si on faisait la prochaine édition… » Pari tenu. Depuis, l’inusable championne a écumé tout ce qui se court à travers le pays : Morat-Fribourg,GP de Berne, course de Chaplin. Sans oublier l’étranger: Montréal, Paris, Madrid, Liverpool, en plus de Berlin et NY. En moyenne, elle court trois fois par semaine. Avec Jean-Marc et leur parcours fétiche: « 14 km au total et c’est assez raide par moment », sourit-elle. Et puis, Yvette ne raterait pour rien au monde, chaque mardi, à 14 heures 30, et quelle que soit la météo, son rendez-vous avec les « seniors de Coubertin », une vingtaine de retraités qui s’entraînent ensemble au bord du lac à Lausanne. « Tous des gamins, persifle Yvette. Ça fait du bien d’être en groupe, de s’encourager, même si je leur répète souvent: « Allez-y, ne m’attendez pas. » Après, on va boire notre petit café au resto du tennis.

 

Yvette Schopfer est née à Saint-Pierre-sur-Dive, en Normandie, dont elle a gardé un délicieux accent. Son père a tenu la fromagerie du village pendant quarante-deux ans. La famille était composée de six enfants, dont quatre vivent toujours. Pendant sa petite enfance, Yvette a connu la guerre et elle s’en souvient comme si c’était hier. « Caen, à 30 kilomètres de chez nous, avait été rasée par les bombardements. Au son de la sirène, on fonçait s’abriter dans les tranchées. Quand, à la Libération, les Américains sont entrés dans le village, l’un d’eux m’a pris sur son tank et une photo a été prise. Mais je ne l’ai jamais retrouvée, je le je regrette toujours, aujourd’hui. » 

 

En Suisse, elle a débarqué voilà une cinquantaine d’années aux Brenets, dans les Montagnes neuchâteloises, avec son premier mari, dont elle a eu une fille. Elle y est restée douze ans, sans en garder un souvenir impérissable. « Mon mari travaillait comme mécanicien. Dans le village, on croisait toujours les mêmes gens au bureau, à l’épicerie, dans la rue, c’était un peu étouffant. » Par la suite, engagée dans une entreprise de La Tour-de-Peilz, elle a réalisé son rêve de vivre au bord du Léman. C’est là qu’elle a rencontré Jean-Marc, son deuxième mari qui, elle en rigole elle-même, a trente ans de moins qu’elle. « On est ensemble depuis trente-trois ans, dont vingt-quatre ans de mariage. »

 

« Profiter du présent sans faire trop de projets surtout à mon âge », c’est ce que Yvette répond quand on lui demande quelle est sa philosophie de vie. Le 10 octobre prochain, Jean-Marc disputera le Marathon de Chicago, très connu lui aussi, où Yvette ne s’est inscrite que comme accompagnatrice. « J’ai peur de finir en queue de peloton, de faire huit heures ou plus. Mais, au fond de moi, j’aienvie de courir, j’hésite. » On parie… 

 

Bertrand Monnard

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