Ruth Dreifuss, « Des solutions communes à toutes les personnes âgées »

Ruth Dreifuss, lors de la célébration des 50 ans du droit de vote des femmes par le Parti Socialiste, en juin 
dernier en Valais. 
©Keystone

Ruth Dreifuss, qui a fondé le Conseil suisse des aînés, revient sur sa création et évoque les nombreux défis à venir, à l'occasion du 20anniversaire. 

Pourriez-vous rappeler le contexte dans lequel vous avez encouragé les forces politiques divergentes représentant les aînées et les aînés à parler d’une seule voix ?

Pour cela, il faut remonter un peu plus loin que la création du Conseil suisse des aînés (CSA) en 2001. Comme on le sait, des commissions extraparlementaires s’occupent des assurances vieillesse (AVS et LPP). Elles comptent parmi leurs membres une personne âgée, plus ou moins représentative de la catégorie de population concernée par ces questions. Or, selon la règle en usage, il n’est plus possible d’être membre d’une telle commission à partir de 70 ans. J’ai dès lors estimé nécessaire que le Conseil fédéral puisse disposer d’un interlocuteur plus représentatif, qui s’exprime sur l’ensemble des problématiques liées à l’âge, et pas seulement sur celles concernant la prévoyance. J’ai ainsi pris contact avec les deux principales organisations faîtières des associations de seniors en Suisse. Ma conviction était qu’elles seraient mieux entendues si elles pouvaient s’exprimer d’une seule voix. En se mettant d’accord entre elles, leur force de proposition n’en serait que meilleure, sans pour autant toucher à leur autonomie.

 

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Les statuts du CSA n’ont pas changé en vingt ans. Est-ce toujours aussi important de fonctionner en coprésidence ? Une voix unique, moins soucieuse de consensus, ne porterait-elle pas mieux ?

Se faire entendre n’est pas lié à la question de la coprésidence, car le Conseil suisse des anciens doit exprimer le consensus auquel il parvient. Sur nombre de sujets, les personnes âgées éprouvent des besoins semblables et qui peuvent et doivent donner lieu à des propositions de solutions communes. C’est à elles de signaler à quels problèmes elles sont confrontées et comment les résoudre.

 

Le CSA estime que la pandémie Covid-19 a fait empirer la discrimination par l’âge. Un constat que vous partagez ?

Non, je ne pense pas que ce soit le cas. J’ai plutôt l’impression du contraire. Le Covid-19 a révélé une grande solidarité intergénérationnelle. Appartenant moi-même à cette catégorie d’âge, c’est ainsi que je l’ai ressenti.

 

Quels sont les thèmes liés aux aînées et aux aînés qui vous paraissent prioritaires ?

La prévoyance vieillesse est assurée pour les bénéficiaires actuels, car une baisse des rentes n’est pas envisagée. Mais le nombre de personnes qui rejoignent ce groupe augmente de façon importante à cause de l’entrée en retraite des générations des années de forte natalité. Il faut veiller à ce que les réformes actuellement envisagées ne se fassent pas à leurs dépens. Je pense aussi bien sûr, parmi tant d’autres sujets, aux conditions de vie des seniors, à l’organisation de l’hébergement et des soins en EMS, aux logements protégés. Garantir le maintien du lien social et de l’autonomie des personnes âgées est essentiel. L’avis des personnes concernées quant à des questions de fin de vie, comme les soins palliatifs et l’aide au suicide, à l’hôpital ou en EMS, est également très important.

 

Le 24 septembre, vous allez prendre la parole au congrès jubilaire du CSA. Vous savez déjà quel sera votre message ? 

Je donne en moyenne une conférence par semaine. Je n’ai pas encore écrit mon discours. J’encouragerai toutefois le CSA dans son rôle et je suis intéressée de savoir comment il pense continuer à se faire entendre. Après tout, c’est l’un de mes nombreux bébés et je suis toujours curieuse de suivre leur évolution et de les aider, si on me le demande.

 

Propos recueillis par N.V.

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