COVID: infirmière à la retraite, Antoinette Esnault a repris du service

« J’ai été extrêmement contente qu’on m’appelle, car cela me manquait déjà ! »Antoinette Esnault  ©DR

Infirmière assistante à la retraite depuis seulement un mois, Antoinette Esnault a repris du service dans un centre médico-social vaudois pour pallier les défections dues à la pandémie. 

Dans les films, les héros à la retraite sont parfois rappelés à la rescousse pour démêler des situations inextricables. C’est un peu le cas aujourd’hui de Antoinette Esnault. A 64 ans, cette infirmière assistante a en effet repris du service auprès des soins à domicile vaudois, son dernier employeur. « Nous avons dû solliciter quelques-uns de nos collaborateurs retraités afin d’avoir des ressources humaines supplémentaires lorsque nos collaborateurs étaient malades, en isolement ou en quarantaine, en raison du coronavirus, explique Tiziana Brutto Koller, directrice des Centres médico-sociaux (CMS) de l’Ouest lausannois. Cet appel a été une réponse au manque d’effectifs dans les agences temporaires, qui n’avaient plus de personnel à nous proposer. » 

Antoinette Esnault, habitante de Chanéaz (VD), a ainsi renfilé sa blouse blanche, à peine un mois après l’avoir rangée au placard. « De toute ma carrière, je n’avais jamais vu un tel manque de ressources humaines, mais c’est assez logique, dans la mesure où aucun domaine d’activité n’est épargné. Et, quand j’ai donné mon congé, je m’étais empressée de préciser que je revenais volontiers donner un coup de main en cas de besoin, note celle qui a travaillé durant treize ans pour le CMS d’Ecublens, après vingt et une années passées dans un EMS. Si j’avais été caissière dans un supermarché, je n’aurais certainement pas recommencé. Mais, là, on parle d’aider des êtres humains et je sais que l’on a besoin de moi. Comme j’ai toujours adoré mon métier, j’ai été extrêmement contente qu’on m’appelle, car cela me manquait déjà ! Même si les problématiques sont parfois lourdes, cette fonction me permet, paradoxalement, de me vider la tête. »  

 

Uniquement sur appel

Comme par le passé, elle a demandé à n’œuvrer que le week-end, afin de continuer à pouvoir s’occuper de ses petits-enfants, qui habitent dans la même maison, de son jardin potager et de ses animaux (cailles, canaris, moutons, ânes…). Mais cette fois-ci, dans le cadre de son contrat Covid-19, elle n’intervient que sur appel, en fonction des besoins du CMS auquel elle est rattachée depuis toutes ces années. « Je suis retournée chez quelques anciens clients. Ils ont été très surpris et ravis de me revoir, car je leur avais annoncé mon départ à la retraite. Je constate que nos clients préfèrent souvent être pris en charge par leurs contemporains, car nous les comprenons mieux que les jeunes. » A-t-elle peur d’attraper ce virus ? « Non, assure-t-elle. Mais si je peux l’éviter… Je trouve d’ailleurs légitimes les mesures sanitaires qui ont été prises en Suisse et je regrette que tout le monde ne joue pas le jeu. » 

Le Covid-19 a, en revanche, modifié ses habitudes professionnelles. « Il faut désormais prendre ses précautions en enfilant une blouse de protection supplémentaire et mettre un masque, mais cela ne change rien pour moi, car j’en portais déjà un puisque je ne suis pas vaccinée contre la grippe. Autrement, on doit faire deux fois plus attention. De fait, je ne m’arrête plus pour boire un café. Et, si une personne est atteinte ou suspectée d’avoir le Covid-19, je laisse le maximum d’affaires à l’extérieur, y compris ma trousse. » Antoinette Esnault, qui ne regrette pas l’absence d’applaudissements aux balcons, car elle « n’accomplit que son travail », fait de nouveau partie de ces vrais héros du quotidien, qui (ré)agissent pour le bien de tous. 

 

Frédéric Rein 

 

0 Commentaire

Pour commenter