Ces retraités font bénéficier la collectivité de leur expertise

 Dans le canton de Vaud, Innovage a soutenu une association qui permet à des jeunes de monter des spectacles sous chapiteau.                photo: DR

Les membres de l’association Innovage ont eu des postes à responsabilité. Ils mettent désormais leurs compétences et leur temps au service de projets d’utilité publique.

C’est une sorte d’inventaire de professions à la Prévert. Il y a des ingénieurs, des experts financiers, des sociologues, des assistants sociaux, des juristes, des psychologues, des informaticiens, etc. Dans les rangs d’Innovage Suisse romande (ISR), une association à but non lucratif reliée à huit autres réseaux régionaux par le biais d’un comité central suisse, on trouve vingt-cinq experts à la retraite aux profils très différents. Qu’ils soient domiciliés dans le canton de Vaud, à Genève, à Neuchâtel ou à Fribourg, tous ont en commun d’avoir eu des postes à responsabilité durant leur carrière professionnelle et d’être prêts à mettre bénévolement leurs compétences et leur temps au service de projets profitables à la collectivité.

 

« Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux membres. Actuellement, nous voudrions trouver deux ou trois adhérents supplémentaires, si possible issus du domaine du droit, de la communication ou du management », glisse d’emblée Monique Bolognini, présidente d’ISR, qui initie parfois ses propres projets, à l’image des Ateliers retraite, destinés à sensibiliser les futurs retraités aux problèmes psychologiques et sociaux auxquels ils pourraient être confrontés, ou du Projet Energie, qui visera prochainement à aider les ménages à consommer moins d’énergie.

Mais la vrai spécialité d’Innovage, qui vient de recevoir le Prix Eulen 2017, qui distingue un projet novateur visant l’amélioration de la qualité de vie et l’autonomie des seniors, reste l’encadrement de projets préexistants. «Nous n’intervenons qu’auprès des associations à but non lucratif d’utilité publique, souligne Monique Bolognini. En moyenne, nous nous impliquons dans sept à huit projets chaque année. Nous en recalons assez peu, car ils répondent généralement à nos critères. En revanche, il nous arrive d’en mettre certains en attente, le temps que les objectifs soient mieux définis.»

Une grande diversité de projets

L’expertise des membres d’ISR a ainsi contribué au lancement, en 2016, du projet genevois Anima-science, initié par le Mouvement de la jeunesse suisse romande, lequel s’est donné pour mission d’éveiller la curiosité des enfants (de 3 à 12 ans) pour la science, au sens large. En l’occurrence, ISR s’est impliqué dans la prise de contact avec des institutions (EPFL, CERN, université...) pouvant fournir un appui scientifique, dans la recherche de nouvelles activités ou encore dans la gestion du projet.

 

Dans le canton de Fribourg, c’est « Vivre avec la mort », dont l’objectif est d’apporter une présence aux personnes en fin de vie et à leur entourage, de favoriser leur accompagnement, puis de suivre les proches dans leur deuil, qui a, par exemple, bénéficié de son soutien. Celui-ci a pris la forme d’une analyse de la situation actuelle, afin d’optimiser les services et de proposer des modifications (dans la procédure, la gouvernance, etc.).

 

Dans le canton de Vaud, citons « L’Alchimie », une association qui permet aux jeunes de jouer des spectacles musicaux, théâtraux ou encore circadiens sous un chapiteau. ISR a aidé son fondateur et sa famille en structurant cette activité autour d’un comité motivé, en revoyant les statuts et les comptes ou encore en préparant un dossier de recherche de fonds.

 

Pour financer ses activités, Innovage, créée en 2007, a pu compter jusqu’en 2017 sur le Pour-cent culturel Migros, auquel se sont ajoutés la Fondation Avina, la Fondation Ernst Göhner et la Société suisse d’utilité publique. «A partir de 2021, il nous faudra trouver de nouveaux soutiens financiers pour pérenniser notre structure, poursuit la présidente. A court terme, nous souhaitons intensifier les échanges déjà établis avec des associations comme Compétences bénévoles, Bénévolat Vaud, Pro Senectute Fribourg ou Cité Seniors Genève. Et, à plus longue échéance, notre objectif prioritaire est de mieux faire connaître nos activités : d’une part, pour augmenter le nombre de nos membres et, d’autre part, pour avoir plus de demandes.»

Frédéric Rein

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« Humainement, c’est vraiment une expérience enrichissante »

photo: © Corinne Cuendet

Marc Treboux, 70 ans, Neuchâtel, membre d’Innovage depuis 2011

Sa retraite, Marc Treboux l’a prise il y a bientôt sept ans. A cette époque, l’ancien chimiste cantonal neuchâtelois tombe sur un article de presse qui mentionne les activités de l’association Innovage. Il se projette alors volontiers dans un rôle de coach. « Cela me semblait important de pouvoir faire profiter les autres des compétences que j’ai acquises », explique-t-il. Après une ou deux séances d’essai, il intègre l’équipe d’experts d’Innovage en 2011. « Il y a des projets qui demandent plus ou moins de temps, mais, en moyenne, j’y consacre quelques heures par mois, détaille-t-il. En tout, j’ai participé à quatre ou à cinq projets, comme GénérActions, un atelier intergénérationnel destiné à soutenir des jeunes dans leurs projets. » Actuellement, il s’investit pour l’ouverture d’une seconde « Villa Yoyo » à Neuchâtel, un lieu d’accueil gratuit pour les enfants de 5 à 11 ans.

« J’ai intégré temporairement le comité de cette association, poursuit-il. Ce mandat, comme les autres d’ailleurs, n’est pas en lien direct avec mon ancien milieu professionnel, mais comme j’ai un réseau et que j’ai fait partie des autorités cantonales, je peux apporter une certaine caution. En plus, j’ai un sens aigu de l’organisation et de comment tenir un budget. » Recherche de fonds, élaboration du cahier des charges du personnel ou obtention de l’augmentation des subventions communales sont autant de domaines pour lesquels Marc Treboux a été sollicité. Récemment, il a monté un dossier de demande pour qu’un civiliste soit rattaché à ce projet. « C’est très enrichissant, car on rencontre des personnes très différentes, que ce soit parmi mes collègues d’Innovage ou parmi les bénéficiaires. En outre, je découvre des milieux qui m’étaient jusqu’alors inconnus, comme quand le mouvement gay et lesbien nous a demandé des conseils, afin d’approcher les grandes entreprises pour lutter contre les discriminations sur les lieux de travail. C’est une problématique à laquelle je n’aurais pas imaginé être un jour confronté ! »

 

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