Avec Uni 3, les seniors ont leur temple du savoir

Avec les années, la soif de connaissance reste identique, même si les pôles d'intérêts peuvent varier. © DR

Ces universités proposent, à des prix défiant toute concurrence, une incroyable palette d’activités: conférences, excursions, séminaires, ateliers thématiques et visites. A la veille de la rentrée, gros plan sur ces institutions en devenir.

Ils devraient être près de 45 000 en Suisse, dont 15 000 Romands, à prendre part cette saison à au moins une des activités proposées par l’une des neuf Uni 3 du pays, ces universités réservées aux 60 ans et plus. «Elles sont ouvertes à tous les seniors, indépendamment de leurs diplômes», précise d’emblée Jean-Pierre Javel, secrétaire général de la Fédération suisse des universités du 3e âge. Seule l’envie importe! L’amour d’apprendre est en effet la motivation première de ces étudiants atypiques, selon une enquête publiée par l’Institut de sociologie de l’Université de Berne. Vient ensuite l’envie de faire marcher ses neurones, de satisfaire sa curiosité, et de mieux comprendre les problèmes de société. «Nous avons une approche un peu différente de celle des universités populaires, poursuit-il. Au lieu des traditionnels cours, nous favorisons les conférences, les ateliers, les séminaires, les excursions et les visites culturelles.»

Le concret plus que la théorie, l’interaction plus que l’enseignement magistral. Cette alchimie fait mouche, puisque les personnes sondées se disent satisfaites par la palette des activités proposées. «C’est la confirmation que nous sommes dans le vrai, se réjouit le responsable. De manière générale, on remarque un penchant plus marqué pour les sciences en Suisse alémanique, alors que les Romands ont un petit faible pour la culture.»

Faire tomber la barrière élitiste

Autre constatation: ces «élèves» sont souvent au bénéfice d’une formation supérieure. «Connaissance 3 (NDLR: l’aile vaudoise des Uni 3) représente un cas particulier, puisque la majorité des participants n'en a pas, précise Eric Junod, son président. Cela tient sans doute à sa forte implantation dans l’ensemble du canton.» Ailleurs, cette réalité doit changer... «Pour que le nombre d’inscrits augmente de manière significative, nous devons faire tomber la barrière élitiste liée au terme université, et communiquer davantage pour pallier la méconnaissance de cette institution, née seulement à la fin des années septante», souligne Jean-Pierre Javel. Un avis partagé par Eric Junod: «Actuellement, le bouche-à-oreille est de très loin le principal canal de “recrutement”. Le Conseil de fondation de Connaissance 3 vient donc d’engager une responsable en communication pour promouvoir notre offre, dont le nombre de cours s’est accru ces dernières années, notamment dans les disciplines qui ne sont pas été étudiées à l’école, comme les avancées de la biologie ou les neurosciences. Notre avenir dépendra aussi d’une reconnaissance des pouvoirs publics…»

Un avenir important, dans la mesure où les Uni 3 ont un véritable rôle sociétal à jouer. «Cette institution revêt un aspect socioculturel certain, remarque Jean-Pierre Javel. C’est particulièrement marqué auprès de la minorité francophone bernoise. Ils sont beaucoup à ne jamais manquer une conférence pour y retrouver leurs camarades!» Et son collègue Eric Junod de surenchérir: «Les 60-85 ans constituent environ un cinquième de la population dans le canton de Vaud. Leurs intérêts culturels croissent. Même si leur mode de vie est marqué par l'individualisme, leur souhait de bien rester intégrés dans la société et de comprendre son évolution reste très vif.» Pour la rentrée, par exemple à Lausanne, la rencontre avec l'ex-procureur Bernard Bertossa et à Genève, le conseiller national Mathias Reynard.         

Frédéric Rein


«L’offre est pléthorique»     

Eduard Walter, 66 ans, Saint-Prex (VD)

Il travaille son corps lors de ses sorties à vélo avec le club pour aînés Cyclo 3, et son esprit sur les bancs de Connaissance 3. Cet ancien directeur dans la distribution alimentaire en est un membre assidu. «Tout a commencé il y a trois ans, quand j’ai organisé le Championnat d’Europe des brass bands, à Montreux. L’anglais étant la langue officielle de la manifestation, j’ai donc voulu le parfaire.» Eduard Walter y prendra ensuite des cours de philosophie et d’autres liés à la mémoire. «En s’inscrivant, cela force à être constant dans l’apprentissage, ce qui est capital.»

Pourquoi ne pas s’être inscrit dans une université classique? «En tant que membre de Connaissance 3, j’ai assisté comme auditeur à des cours de philosophie du cursus normal, mais c’était trop scolaire à mon goût. J’aime bien écouter et apprendre, mais je veux aussi pouvoir échanger et discuter des expériences de chacun. Connaissance 3 me semble mieux adapté. En outre, on peut y suivre de nombreuses conférences d’excellent niveau et participer à des visites culturelles guidées. Je suis par exemple parti découvrir la ville de Soleure, j’ai participé à la visite d’un vignoble à Echichens, ou encore co-organisé un “voyage d’étude” en Angleterre pour 14 personnes, afin de mettre en pratique notre apprentissage de l’anglais.»

 

«La qualité des intervenants»     

Pierrette Rohrbach, 66 ans, Payerne (VD)

La vie professionnelle très prenante de Pierrette Rohrbach, présidente de la Fédération romande des consommateurs durant huit ans, l’avait éloignée de sa passion pour la culture. Alors, quand cette infirmière de formation a quitté ses fonctions, en 2006, elle a décidé de rattraper le temps perdu en s’inscrivant à l’université populaire pour étudier Jean-Sébastien Bach et à Connaissance 3,
dans le domaine de l’histoire de l’art. Elle enchaînera avec un cours sur les Voix de femmes au Moyen Age, un autre sur La folie est-elle humaine?, et aussi sur les arts décoratifs. «J’ai une légère préférence pour Connaissance 3, car la qualité des intervenants est exceptionnelle. L’ambiance est également un peu différente. Comme les gens sont un peu plus âgés, ils ont souvent développé des compétences assez pointues dans les domaines dont ils suivent les enseignements. De fait, leurs questions sont très pertinentes et permettent de bien approfondir le sujet. Enfin, les cours se donnent la journée, ce qui est plus pratique pour une personne comme moi, qui favorise les transports publics.»


Les premières conférences de chacune des Uni 3 francophones…

Berne francophone

«De Nicolas de Flue au Général Guisan, une certaine idée de la Suisse», par Jean Winiger, auteur, acteur, metteur en scène. Jeudi 18 septembre.

Connaissance 3

«Une justice pénale indépendante et «juste»: vérité ou illusion», par Bernard Bertossa, ancien procureur général du canton de Genève. Lundi 6 octobre.

Uni 3 Université des seniors – Genève

«Devenir parlementaire fédéral à 24 ans: une chance?», par Mathias Reynard, conseiller national valaisan. Mardi 28 octobre  

L’Université du 3e âge U3a (Neuchâtel)

Programme à venir

0 Commentaire

Pour commenter