« Répare-tout », un bénévole en guerre contre le gaspillage

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Biochimiste retraité, Jean-François Sauter, 79 ans, met ses compétences de superbricoleur au service des gens de la région de Nyon (VD), dans le besoin, pour réparer leurs objets d’usage courant.

Il a le regard vif et malicieux. Et, quand il ôte son masque, Jean-François Sauter, 79 ans, découvre une barbe en bouc de jeune homme. Avec un petit sourire en coin que connaissent celles et ceux qui lui confient des objets d’usage quotidien qui leur ont lâché dans les mains. Dans la région de Nyon (VD), « Répare tout », comme il se présente sur sa carte de visite, n’a, en effet, pas son pareil pour redonner vie à « ces objets qu’on vous dit irréparables ». Tout l’éventail figure sur le petit prospectus décrivant précisément la gamme de ses interventions : du parapluie au grille-pain, en passant par le pendule, le pèse-personne.

Ce matin-là, dans un coin de l’appartement bien rangé de Jean- François Sauter, trois objets attendent leur tour : un luminaire halogène, une pendule. Et une machine à café qui suscite un commentaire de celle qui partage sa vie : « L’espace de travail, c’est parfois la salle à manger, sourit Catherine Froidevaux. A force, je m’y suis mise aussi.

Et, dernièrement, nous avons réparé une Nespresso qui n’était pas faite pour être remise en état. » Un défi « sympa » qui correspond en tous points à l’esprit qui anime Jean-François Sauter : « J’adore bricoler et je déteste jeter des objets réparables. Cela représente un tel gaspillage d’énergie grise et de matière première. Mon action est contraire à cette société qui se débarrasse du moindre objet à la première panne. »

Un service à domicile

Pour ce biochimiste retraité, également au bénéfice d’une formation en micromécanique et en horlogerie, et qui a passé ses dix dernières années comme collaborateur scientifique à l’Office fédéral de la santé publique, réparer ne se limite pas à un hobby. Fort de son expérience dans les Repair-Cafés, Jean-François Sauter a développé un projet de service de menus dépannages au bénéfice de gens de sa région dans le besoin : « Les individus tributaires d’une assistance à domicile, telles que personnes âgées ou seules, handicapées, indigentes, réfugiées, mères célibataires, entre autres. » Le lien avec ce public cible passe par les intervenantes à domicile ou autres. « Ce sont elles qui me font part d’un problème survenu avec un objet dans le ménage. S’il est transportable à la main, l’aide à domicile me fixe un rendez-vous pour que je le prenne en charge.

Après le dépannage, je le rapporte au même service, qui le ramène à son propriétaire. » S’il s’agit d’une pièce fixe ou intransportable, Jean-François Sauter accompagne l’intervenante sur place et procède au dépannage en sa présence et, si nécessaire, lors de son prochain passage. « Et enfin, si le problème dépasse mes compétences, je peux l’apporter, avec l’accord du possesseur et s’il n’y a pas urgence, au prochain Repair-Café réunissant d’autres spécialistes. »

« A l’aise financièrement », et dans une perspective altruiste, « Répare-tout » ne demande rien pour ses services, si ce n’est le prix des pièces au prix coûtant. Déjà actif, grâce au réseau qu’il a su développer par lui-même, Jean-François Sauter cherche aujourd’hui à intégrer l’offre du CMS de Nyon, des infirmières, assistantes sociales, aides ménagères, ergothérapeutes et convoyeuses de repas à domicile. « Retraité depuis douze ans, j’assurais ce service bénévole à Versoix, où j’étais aussi conseiller communal jusqu’en 2014. Je travaillais avec l’appui du Service social de la commune et j’intervenais sur appel de l’antenne locale de l’institution genevoise Maintien et d’aide à domicile. » Durant toutes ces années, Jean-François Sauter a pu constater un réel besoin de la part de ces personnes.

Gratuité

Grâce au bouche-à-oreille, des particuliers n’entrant pas dans la catégorie des personnes dans le besoin ont confié des objets à « Répare-tout ». « Il m’arrive d’accepter et je leur facture un montant symbolique et je reverse le montant à une œuvre sociale de leur choix. » La table à manger n’ayant pas vocation d’établi, à quelques exceptions près, « Répare-tout » dispose d’un repaire à cinq minutes à vélo de chez lui. Nous l’avons suivi et force est de constater que ce septuagénaire a un sacré coup de pédale. Son atelier, situé dans une cave avec soupirail, donne la mesure des capacités de ce réparateur hors pair. Outillage, pièces de rechange, plans de travail, tout a été pensé en termes d’efficacité dans cet espace, somme tout réduit. Parmi les objets insolites passés entre ses mains, Jean-François Sauter cite une boîte à musique et un carrousel miniature rotatif.

Mais « Répare-tout » a aussi une prédilection pour les parapluies, les vrais, pas ces trucs minables qui se déglinguent au premier coup de vent. A propos, comme il le fait pour d’autres objets, cet ingénieux a dressé une liste d’astuces : « Les baleines se cassent lorsqu’on force l’ouverture d’un parapluie, en particulier les compacts. Poussez dès lors progressivement la collerette en agitant le parapluie pour que les baleines se démêlent, et tout ira bien. » En homme réfléchi, il le répète à l’envi : « Forcer ou s’énerver, dégâts assurés ! »

A Nyon et région, plus aucune excuse de balancer son ventilateur, son parasol dépareillé ou de changer trop vite de lave-vaisselle (« les bras rotatifs, ça se décrasse »). Il en va de même pour ces lampes que l’on croit hors d’usage : « Demandez à “Répare-tout“ ce qui ne joue pas. Peut-être est-ce le variateur ou alors, surtout pour les lampes de bureau et de chevet qui fonctionnent à 12 volts, c’est souvent le transformateur qui est la cause de la panne. »
Enfin, conscient de ses limites, « Répare-tout » ne « réparant pas tout », renvoie à certains commerces disposés à réparer ce à quoi il ne touche pas : montres (sauf pour leurs piles), machines à coudre, Natel, ordinateurs, entre autres. Il ne fait pas non plus de travaux de menuiserie, de peinture, de ponçage de sols, de pose de moquettes ou de jardinage. Les bicyclettes pour les grands, il n’y touche que sur prière. Et de préciser : « Je ne veux pas être un gâche-métier. Je n’entends pas concurrencer les pros. »

 

Nicolas verdan

 

 

 

 

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