Sylvie Vartan, « Je suis plus volcanique qu’iconique ! »

©Philippe Quaisse/Pasco/DR

Soixante ans de carrière, cela se fête. Sylvie Vartan sort un cinquantième album studio de chansons inédites et part en tournée pour retrouver son public, « sa deuxième famille ». 

Depuis le temps qu’elle en donne, des interviews, la toujours blonde Sylvie pourrait prétexter les gestes barrière ou Los Angeles où elle vit (en réalité, de moins en moins « mon pays c’est la France ») ou encore sa retenue naturelle (« je suis quelqu’un de timide qui ne se livre vraiment que sur scène ») pour que l’échange se déroule par téléphone. Mais elle n’est pas comme ça, la toujours sexy Sylvie. Elle apprécie la rencontre humaine. Pas pour rien si son dernier album studio s’appelle Merci pour le regard. 

« C’est important le regard, on voit tout dans les yeux, c’est ce qui marque en premier, et aussi les mains, la gestuelle. » Même derrière des verres teintés, le regard de Sylvie Vartan a conservé ce zeste d’impertinence qui l’a distinguée des autres chanteuses yéyé dès sa première apparition en 1961 dans Panne d’essence, où elle donnait la réplique à Frankie Jordan. Quant à ses mains, elles sont pour l’heure sagement posées sur une table à côté d’une théière en porcelaine, mais l’une arbore une splendide bague bleu azur. « C’est un cadeau de ma belle-mère (la maman de Tony Scotti, son mari depuis trente-cinq ans).» 

 

« On a l’âge qu’on a et on s’en fiche, non ? »

A 77 ans, Sylvie Vartan est donc en promo pour son cinquantième album enregistré en studio. Une belle manière de fêter ses soixante ans de carrière. « Tous ces chiffres… Ce sont les autres qui comptent et qui me rappellent sans cesse que le temps passe. Pourquoi y donner tant d’importance ? On a l’âge qu’on a et on s’en fiche, non ? C’est vrai que, à 77 ans, on est plus près de la sortie que de l’entrée, mais quand on chante, on oublie cette réalité. Seule m’importe l’émotion qui me relie avec mon public. » 

Des fans, Sylvie Vartan en a plein. Des de la première heure. Ceux pour qui elle représente leur jeunesse, quand ils étaient eux aussi les plus beaux pour aller danser ! Ceux qui la voient comme l’éternelle premier grand amour de Johnny Hallyday, son époux durant quinze ans, qu’elle a retrouvé régulièrement, même après leur séparation, pour chanter avec lui J’ai un problème. Ceux qui admirent depuis toujours son sens du show et de la scène dans ses robes à paillettes. « J’ai tout partagé avec mon public : mes grands spectacles qui n’en finissaient pas, mes tournées qui n’en finissaient pas... Cet échange avec lui m’a énormément apporté ! Cela a aiguisé mes sentiments. Mon public est comme une deuxième famille qui m’a sauvée de beaucoup de tourments ». Voilà pourquoi, à la veille de le retrouver lors d’une grande tournée (qui vient de l’amener à Saint-Maurice, VS), Sylvie commence à moins bien dormir. Et s’il n’appréciait pas la forme plus épurée de son récital, où elle apparaîtra seulement entourée d’un pianiste et d’un violoncelliste… (mais tout de même dans une belle robe du styliste Hedi Sliman) ? 

 

 

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« J’ai souhaité sortir de ma zone de confort : j’ai choisi des chansons qui m’obligent à aller vers le moins d’artifices possibles. J’ai envie de me rapprocher des gens, de les émouvoir différemment, sur le ton de la confidentialité, de leur offrir quelque chose de plus intériorisé. » 
Le dénominateur commun aux 14 chansons inédites du nouvel album (le dernier album de chansons originales, Soleil bleu, datait de 2011) écrites par la fine fleur de la variété française du moment et dont elle chantera plusieurs titres au cours de son récital : l’amour. « L’amour sous toutes ses formes : l’amour filial, l’amour maternel, l’amour foudroyant — j’ai eu la chance de le connaître une fois  —, l’amour passion, l’amour fraternel aussi. » 

 

 

« Je ne me livre vraiment que sur scène » Sylvie Vartan 

 

La silhouette de Eddy Vartan, le grand frère musicien de Sylvie, sans lequel elle n’aurait pas déboulé si jeune dans les scopitones, traverse la conversation. « Nous nous entendions très bien. Notre famille était soudée. Quand nous sommes arrivés de Bulgarie à Paris, en 1952, pour fuir le régime soviétique, nous ne pouvions compter que sur nous quatre. » L’exil a marqué Sylvie Vartan. Elle l’a chanté déjà dans son tube international La Maritza, elle le chante de nouveau dans Le bleu de la Mer noire. « Partir est un déracinement qui signifie laisser derrière soi l’amour de certains proches, un style de vie et une langue. Quand je suis arrivée à Paris, je ne parlais pas le français.» 

 

Trois semaines à l’affiche avec les Beatles

Et dire que moins de dix ans plus tard, sans avoir passé le bac, elle est devenue l’une des filles les plus copiées des années 60 ! Et que, en 1964, elle a partagé durant trois semaines l’affiche de l’Olympia avec les Beatles. « Je ne suis pas une femme nostalgique, mais je reconnais que les années 60 ont été une période très joyeuse », rigole-t-elle. Cela n’est pas pour rien si les sixties font rêver ceux qui ne les ont pas vécues ni si elles apportent aux derniers représentants des yéyé une dimension iconique. « Une icône moi ? Ah, non alors ! Cela sous-entendrait que j’aurais un côté amidonné. Je ne suis pas du tout amidonnée, je suis bien de chair et de sang et plutôt volcanique qu’iconique ! » 

 

Pour preuve de ce qu’elle dit, voilà Sylvie Vartan qui se redresse d’un bond en voyant approcher un petit chien intriguant. « Tu es qui, toi ? Oh, l’amour, mais comment tu t’appelles, petit chou ? » et la peluche vivante et craquante de se retrouver aussitôt dans les mains de Sylvie. « Je suis une tactile, aussi avec les humains ! Pour établir une relation de confiance avec mes proches (ses deux enfants, David Hallyday et Darina Scotti-Vartan, et ses trois petits-enfants Ilona, Emma et Caméron), j’ai besoin de partager des moments de proximité, en tête-à-tête avec eux. » Et Sylvie Vartan d’apparaître sous les traits d’une cheffe de clan attentive aux confidences, prête à faire corps pour défendre, mais aussi à se régaler des enthousiasmes. « Je remarque que la jeunesse sait toujours trouver le chemin de la gaieté, même quand le contexte est difficile. Cela m’apporte beaucoup de réconfort. » 

 

Véronique Châtel 

 

Merci pour le regard (Sony)
Composé de 14 titres signés: Clarika et Jean-Jacques Nyssen, Clara Luciani, Joseph d’Anvers, la Grande Sophie, Patrick Loiseau, Eric Chemouny, Léonard Lasry et d’autres artistes renommés encore.

 

 

 

 

 

 

 

 

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