Signoret et Montand racontés par Castaldi

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Dans un livre très documenté et émaillé d’anecdotes intimes, Benjamin Castaldi, l’animateur de télévision revisite la vie de ses grands-parents tant aimés et admirés. 

Benjamin Castaldi le regrette à plusieurs reprises dans son livre Montand & Signoret, un couple dans l’histoire : ses grands-parents sont morts trop tôt. « S’ils avaient vécu plus longtemps, j’aurais connu une autre trajectoire professionnelle. Je n’aurais pas arrêté mes études et je n’aurais pas fait de télé. Je n’aurais pas aimé qu’ils m’y voient. »

Dans un dialogue imaginaire avec sa grand-mère, il fantasme qu’elle l’absout d’avoir participé à l’émission de téléréalité, Loft Story : « Tu crois que je n’ai fait que des chefs-d’œuvre ? Tu crois que le grand (NDLR : Montand) n’a fait que des chefs-d’œuvre ? Il n’y a rien de grave. N’aie jamais de remords. » Pas trop de remords, donc. D’ailleurs, Benjamin Castaldi est toujours un homme de télé « trash » : il officie quotidiennement dans Touche pas à mon poste sur C8. Mais des regrets, Benjamin Castaldi, le fils de Catherine Allégret, elle-même fille de Simone Signoret et belle-fille de Yves Montand, en a plein. Dont celui de n’avoir pas suffisamment questionné sa grand-mère sur le métier et ses tournages.

 

 

« Bien sûr, je savais qu’elle était actrice, mais Simone Signoret m’était inconnue. Pour moi, Mémé — oui, j’appelais ma grand-mère Mémé, elle préférait à Mamie, car ça faisait plus vieux — était celle que je retrouvais chaque week-end et aux vacances scolaires. Elle était celle avec qui je mangeais des crêpes, avec qui j’écoutais les disques de Montand, à qui je faisais la lecture quand sa vue s’est mise à baisser. » Benjamin Castaldi a 15 ans lorsque sa Mémé décède. Ce jour de septembre, il est au lycée. « La radio était allumée dans la voiture qui m’a ramené à la maison; j’ai entendu parler de la Signoret, la star, l’Oscar, la femme engagée, Casque d’Or pour l’éternité… Toutes ces voix qui prétendaient connaître ma Mémé, mais elles évoquaient des choses que j’ignorais ! » 

 

A 51 ans, Benjamin Castaldi est sorti de cette ignorance. Pour son livre, il a non seulement visionné tous les films de Simone Signoret, mais il a regardé et écouté des kilomètres d’interviews. Il l’a lue aussi, notamment ses récits autobiographiques, La nostalgie n’est plus ce qu’elle était et Le lendemain, elle était souriante. « Elle serait contente ! Elle était catastrophée que je ne m’intéresse pas à la littérature, alors qu’il y avait une bibliothèque gigantesque dans la maison d’Auteuil. Je réagis pareil avec mes fils, aujourd’hui. On est toujours une génération d’abrutis pour ceux qui nous précèdent. »  

Benjamin en a appris suffisamment pour retracer la vie de Simone Kaminker aussi bien côté carrière que côté vie privée. Et, comme Montand a été le grand amour de sa grand-mère, au point de former avec lui un couple phare pendant trente ans, il a mené la même enquête pour Ivo Livi.

 

« Montand disait toujours qu’il ne fallait pas sacraliser les gens. Alors, je me suis efforcé de présenter mes grands-parents comme des êtres humains. Avec leurs parts d’ombre. » 

 

De Montand, on découvre l’homme égocentrique, hyperexigeant avec lui-même, mais en attente perpétuelle de reconnaissance. On entrevoit aussi l’homme pressé et vibrionnant qui hurlait : « Voilà, voilà, voilà, me voilà », en rentrant chez lui. Le flambeur capable d’emmener Benjamin à New York pour le week-end, en Concorde. De Signoret, on découvre la femme amoureuse qui s’est effacée devant son grand homme et a refusé des propositions pour ne pas s’éloigner de lui, la femme trahie et blessée qui a sombré dans une forme d’autodestruction.

« La liaison de Montand avec Marilyn Monroe a vraiment marqué la fin d’un cycle pour ma grand-mère. A 40 ans, elle a décidé d’accélérer la dynamique du vieillissement : trop de bouffe, trop de clopes, trop d’alcool… A 55 ans, elle en paraissait vingt de plus. Revoir des photos de cette époque — Montand toujours plus beau et plus bondissant, ma grand-mère toujours plus bouffie et plus solitaire — m’attriste. C’est tragique et, en même temps, ma grand-mère a réussi à rebondir. Après les personnages de belles garces, elle a incarné de magnifiques vieilles femmes. » Dont celui de Madame Rosa de La vie devant soi, qui lui a valu un César.  

Tout à l’évocation des carrières de Signoret et de Montand et à leur parcours de couple engagé, Benjamin Castaldi reste discret sur son enfance de fils unique, protégé des éventuels enlèvements et demandes de rançon. De vilain petit canard qui accumulait les bêtises, mais suscitait l’adoration de sa grand-mère. « Je la revois me regarder manger et sourire. »  

En novembre 2021, cela fera trente ans que Yves Montand est décédé, Simone Signoret trente-six ans. Et Benjamin Castaldi nous rappelle combien ils ont compté et nous manquent.  

 

Véronique Châtel 

 

Montand & Signoret, un couple dans l’histoire, aux éditions du Rocher

 

 

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