Sébastien Buemi « Mes parents ont tout donné pour moi ! »

©DR, Sandra Culand

A 32 ans, le pilote automobile Sébastien Buemi sait ce qu’il doit à ses parents. Devenu père lui-même, lui aussi veut offrir à ses deux fils de 3 et 5 ans les meilleures cartes pour se lancer dans l’existence. 

Sébastien Buemi s’interrompt. La porte d’entrée de la maison de Saint-Légier (VD) vient de s’ouvrir et deux petits bolides filent rejoindre leur papa autour de la grande table blanche : Jules, 5 ans, et Théo, 3 ans, reviennent de balade avec leur maman. La pluie a écourté leur sortie, expliquent-ils au pilote vaudois, tout sourire devant ses fils. 

Lui qui passe tant de jours par an sur des circuits à l’étranger savoure chaque moment passé avec son épouse Jennifer et leurs garçons. Jeune père comblé, Sébastien Buemi a souvent en tête l’exemple de ses parents qui ont « tout donné » pour lui : « Je me dis alors : « Serais-je capable de faire pour mes enfants ce qu’eux ont fait pour moi ? »

Pas simple, quand on a, comme lui, un agenda de courses : de retour du Championnat de Formule E en Arabie saoudite, Sébastien Buemi part tout soudain pour Rome, dans le cadre de l’E-Prix 2021. « Si tout n’est pas annulé entre-temps », prévient celui qui a su s’armer de patience depuis un peu plus d’un an, pandémie oblige.

Contraint justement de passer une période plus longue auprès des siens, en mars dernier, ce pro du volant (334 courses, 47 victoires, 127 podiums) a eu du temps pour réfléchir.

 

« En sport automobile, il faut être très égoïste pour obtenir les meilleurs résultats. Ce n’est pas facile de trouver le juste milieu entre famille et compétition. Sans ma « super » femme, sa compréhension, ses sacrifices, rien ne serait possible. » 

 

La première fois

Né à Aigle (VD) en octobre 1988, le pilote aime à rappeler ce fameux Noël 1993, quand il reçoit son premier kart. « La première fois que j’ai tenu un volant, j’avais 5 ans. Or, comme je le découvre désormais avec mon fils, à cet âge-là, on ne se rend pas compte de ce que cela représente vraiment. En clair, si mon père ne m’avait pas assis dans un kart et n’avait pas décidé que j’allais faire ça, cela ne me serait pas venu tout seul. »

Sébastien est bel et bien tombé dans la marmite automobile étant petit : « Mes parents sont concessionnaires VW à Aigle, ils ont même une carrosserie. Mon père, mécanicien à la base, a toujours ce garage, ma mère travaille là, mon frère aussi. » Son grand-père maternel, Georges Gachnang, a été garagiste Toyota cinquante ans durant et il a écumé bon nombre de circuits, lui aussi.

« Comme mes parents, j’ai grandi dans le milieu depuis tout petit. J’allais au garage tous les jours après l’école. » 

Mais la courroie de transmission ne se limite pas au moteur de ces voitures qui ont toujours fait battre le cœur de ces mordus des belles mécaniques. Quand Sébastien Buemi raconte les siens, de bonnes ondes ancestrales circulent, en provenance du sud des Alpes : « J’ai eu la chance de grandir dans une famille disons… « très famille ». Mes arrière-grands-parents étaient Italiens. Mes grands-parents sont nés ici, mais ils ont été élevés dans cette culture du lien communautaire. J’ai toujours été proche de mes cousins et de mes cousines. Sur ce point, Jennifer et moi sommes très différents. »

 

A lire aussiGéraldine Fasnacht: la maman-poule qui tutoyait les cimes

 

La famille 

Au chalet de Villars, toutes générations confondues, les Buemi-Gachnang aiment à se réunir pour des week-ends de neige : « La famille, dans ma vie, comme dans mon sport, c’est très important. Cela me permet de me sentir bien dans ma tête. »

Enfant, très vite, Sébastien a compris la valeur du mot « sacrifice » : « A partir d’un certain stade, la course n’est plus un jeu. On ne fait plus du karting pour rigoler. Au début, on partait toute la famille en camping-car, au grand plaisir de tout le monde. Et, d’un seul coup, cela devient sérieux, on gagne, une fois, deux fois… et commencent alors des efforts consentis par tous, parents compris. »

« Un jeune ne peut se hisser tout seul dans le monde de la compétition, explique Sébastien Buemi. Il faut pouvoir rouler, aller sur une piste. Si votre famille ne vous donne pas l’opportunité de le faire, il ne se passera rien. Cela demande des voyages, avec de gros coûts à la clé. Mes parents ont toujours fait énormément pour moi. Et ils sont toujours aussi disponibles aujourd’hui avec mes propres enfants, c’est un bel exemple pour moi. » 

Le pilote vaudois attribue ainsi une valeur hautement symbolique à la notion même d’héritage : « Ce sont d’abord des valeurs. L’argent, les biens, la pierre, c’est bien. Mais qu’est-ce qu’on va en faire ? Le plus important, c’est d’avoir des bonnes bases. Se dire qu’on a bien aidé son enfant, qu’il a toutes les cartes en main pour bien faire, cela vaut plus que de lui laisser des centaines de milliers de francs, sans avoir jamais été présent. »

 

Les beaux moments

Sébastien Buemi n’est pas homme à se plonger dans les souvenirs. Mais lorsqu’il est sur un circuit, une image n’est jamais loin : « A l’occasion de chaque course de karting, mon père était mon mécanicien. Je revois l’alignement des karts, prêts au départ : dix à quinze minutes d’attente interminable, avant la course, avec lui à mon côté qui fait enfin démarrer le moteur. Ce sont des moments inoubliables, même si c’était aussi parfois dur, avec beaucoup de sacrifices. »

Fort de sa belle carrière, encore pleine de promesses, Sébastien Buemi, n’a pas fini de gagner des coupes. « Quand j’en ramène une à la maison, je partage ce bonheur avec mes enfants. C’est comme un rituel : on la met dans la chambre du grand ou du petit, le lendemain dans la chambre du deuxième. Après, on la conduit dans une halle à Aigle, où je stocke mes trophées et mes voitures. » 

Au fond de lui, une autre forme de collection brille très fort : « Les beaux moments passés avec mes parents. Mon père ne se rappelle pas avoir fait des trucs incroyables avec les siens, ne serait-ce qu’être parti en vacances. Il a 64 ans, je ne sais pas comment c’était à l’époque. En revanche, je sais que cela lui a tenu à cœur d’avoir de bons souvenirs avec nous. J’espère faire de même avec Jules et Théo. » 

 

Nicolas Verdan

0 Commentaire

Pour commenter