Pascal Auberson s'engage pour les démunis

«Dans ce pays protestant magnifique, c’est honteux d’être vieux et de ne pas avoir d’argent», explique Pascal Auberson. © Corinne Cuendet

L’artiste lausannois a accepté d’être la voix de la version francophone du spot TV de la collecte d’automne de Pro Senectute. Mieux: il a offert l’une de ses dernières chansons. 

"La pauvreté des personnes âgées est invisible et pourtant répandue»: c’est le slogan de la nouvelle collecte d’automne que lance Pro Senectute en faveur des personnes âgées, en proie à des difficultés financières. D’envergure nationale, l’action permet d’aider chaque année quelque 40 000 seniors, plongés dans la précarité par un séjour prolongé à l’hôpital, un bail à loyer résilié ou encore par la perte d’un emploi à l’approche de la retraite.

Cette année, la campagne est soutenue par trois compositeurs suisses, dont Pascal Auberson pour la version romande. L’artiste lausannois a offert spontanément Bella Vita, extrait de son dernier album Offshore pour accompagner le spot TV qui sera diffusé dès le 1er octobre.

La démarche féline, la séduction à fleur de peau, l’auteur-compositeur-interprète nous a ouvert les portes de son atelier au Flon. Il parle de son engagement, de la maladie, de la vie et de la mort, toujours étroitement liées, dans son esprit, au temps qui passe. Sans fard et avec la générosité qui le caractérise.

Pourquoi avoir choisi d’offrir Bella Vita plutôt qu’un autre titre?

C’est une chanson que j’ai écrite il y a deux ans. Assis à mon piano, j’ai pleuré en l’écrivant. Parce que la vie est magnifique et dégueulasse à la fois. Avec un thème comme la vieillesse, on peut facilement faire dans le larmoyant. Comme ce spot ne dure que vingt secondes et qu’il est très difficile de réussir à exprimer quelque chose en si peu de temps sur des sujets aussi graves que la solitude et la vieillesse, je trouvais plus subtil de commencer par évoquer la vie, indissociable de la mort. Je le dis d’ailleurs dans cette chanson: ma la vita senza la morte è la morte della vita (NDLR: mais la vie sans la mort est la mort de la vie). Certains bouddhistes disent d’ailleurs qu’il faudrait mieux pleurer à la naissance et rire à la mort. A la naissance de mes enfants, je n’ai d’ailleurs jamais autant pleuré. D’émotion, bien sûr, mais aussi d’inquiétude, car en leur donnant la vie, j’ai senti une immense responsabilité morale.

Si je vous dis vieillesse et pauvreté, qu’est-ce qui vous vient immédiatement à l’esprit?

Ce qu’il y a de paradoxal dans notre société, c’est que d’un côté, elle te dit: ne bois pas, mange cinq fruits et légumes chaque jour, ne fume pas, etc. Donc, nous sommes censés vivre plus longtemps. Et simultanément, elle ajoute: mais pas trop, parce que ça coûte très cher! Je n’ai pas la science infuse, mais ne mettre que des vieux ensemble dans un même espace est une horreur absolue! Si on ne célèbre pas la vieillesse, on coupe le fil générationnel et cette coupure est dangereuse.

Dans Bella Vita, votre fils César vous accompagne au saxophone. Les aînés ont-ils une sorte de devoir de transmission aux jeunes?

Oui et je suis très sensible à cette question. Mais que dire à un jeune qui vit les hauts et les bas de l’adolescence, outre qu’on l’aime et qu’on a confiance en lui? Il faut tenter de lui donner cette confiance originelle qui l’inscrit dans la grande chaîne de l’humanité.

Connaissez-vous, dans votre entourage, des personnes âgées en situation précaire?

Oui, bien sûr. Souvent, elles le cachent, parce que dans ce pays protestant magnifique, c’est honteux d’être vieux et de ne pas avoir d’argent.

Mais pourquoi est-ce si tabou en Suisse?

A mon avis, c’est la honte de ne pas avoir réussi, ce qui équivaut à ne pas avoir su faire. Le protestantisme distille cette peur de l’enthousiasme qui veut que le pire soit toujours pour demain.

Plus jeune, quel regard portiez-vous sur les seniors?

J’ai eu énormément de chance d’avoir un grand-père que j’ai adoré. Mon père était un artiste génial, mais qui prenait beaucoup de place. Mon grand-père, lui, était paysan à Chavornay (VD). Il avait une carriole qu’il accrochait à son vélo sur laquelle je m’asseyais et on partait! Mon grand amour, c’était de mettre un bout de carton entre les rayons de la roue et cela faisait de la musique! Le tissu intergénérationnel est hyperimportant: avec ses grands-parents, on peut parler de choses que l’on ne peut pas aborder avec ses parents. Moi-même, je serai bientôt grand-père. J’ai déjà des montées de lait à cette idée! Mon grand-père et mon père sont partis, et dans la logique de la flèche du temps, je suis le prochain qui devrait s’envoler. Comme le disait si bien le génial Nougaro: un chant de cygne s'est éteint, mais un autre a cassé l'œuf. Je serai triste de partir, mais aussi heureux à l’idée de permettre à l’autre d’exister.

En quoi votre musique s’est-elle modifiée au fil des ans?

J’ai une libido créatrice assez débordante! Je crois que je n’ai jamais eu autant d’idées que maintenant. L’avantage avec l’âge, c’est que je n’ai plus peur. Autrefois, on disait que je chantais avec mes tripes, maintenant qu’on m’en a enlevé un bout (NDLR: un cancer du côlon opéré en 2006), il me semble que la création est plus limpide! Mais il n’y a pas de musique de jeunes ou de vieux, la musique reflète une époque.

Que signifie pour vous la solidarité?

C’est un acte d’amour, une main qui se tend, un temps qu’on prend pour l’autre, pour l’écouter.

En avril, vous avez fêté vos 62 ans. Pensez-vous déjà à votre future retraite?

Non, jamais! La chance, dans mon métier, c’est qu’il n’y a pas d’âge. A part les problèmes de tuyauterie, tout est dans la tête! La lumière sort de l’œil. La quête des loisirs est sans fin. Notre société est terriblement consumériste, mais on sait très bien que le bonheur n’est pas là. Pour moi, quand le corps flanche, il n’y a qu’un seul salut: la paix intérieure.

Propos recueillis par Sandrine Fattebert Karrab

 

La pauvreté des personnes âgées est invisible. Nous les aidons, aidez-les vous aussi! Pro Senectute, CCP 87-500301-3

www.pascalauberson.ch

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