Michel Cymes: les médecins ne savent pas dire  « On ne sait pas ! »

« Si je perds ma spontanéité, ceux qui m’attaquent sur les réseaux sociaux auront gagné » @Alex Mahieu 

Michel Cymes est un médecin qui sait... qu’il plait. Son humour et son souci d’être compris du plus grand nombre font un tabac et l’ont amené à créer un alias — Dr. Good — qui prend la parole dans un magazine et, maintenant aussi, dans des cahiers « santé ».

Ses blagues de carabin et son savoir médical jamais prétentieux ont rendu Michel Cymes, chirurgien ORL de formation, archipopulaire. A 63 ans, il compte parmi les personnalités préférées des Français. Y compris des médecins, ses confrères, qui lui envient la décontraction avec laquelle il joue avec sa blouse blanche. Ces derniers adorent se défouler avec un court métrage (Le diagnostic, visionné plus d’un million cinq cent mille fois sur YouTube) — où Cymes interprète un médecin de famille en train d’annoncer à un couple que Monsieur est atteint d’une maladie incurable... la connerie : « Vous n’êtes pas un cas isolé ! J’en rencontre beaucoup des comme vous » ! 

Bien sûr, sa quête du bon mot et sa capacité à s’intéresser à tout amènent, parfois, le docteur Cymes à s’emballer trop vite et à créer des polémiques. La dernière portant sur les gestes barrières pour se protéger du coronavirus. Mais, comme il est capable de battre sa coulpe, on lui pardonne. 

Après avoir animé pendant plusieurs années le Magazine de la santé avec Marina Carrère d’Encausse (France 5) et avoir consolidé sa notoriété en présentant Les pouvoirs extraordinaires du corps humain avec Adriana Karembeu (France 2), Michel Cymes enchaîne les projets tous azimuts, jusque sur les plateaux de cinéma, comme comédien. En ce moment, il est dans l’actualité pour la parution d’une collection de cahiers « santé » pédagogiques — Les cahiers du Dr. Good — et d’un livre de cuisine avec le chef Damien, Mangez bon, mangez bien, 100 recettes du quotidien, paru chez Webedia books.  

Dans la pièce de la maison de production où il reçoit (masqué jusqu’à son bureau, puis démasqué, mais à bonne distance), Michel Cymes se révèle disponible aux questions (malgré les alertes qui n’arrêtent pas d’agiter son téléphone) et chaleureux. (Il ne faut pas se fier à son regard noir.) 

Comment êtes-vous devenu ce médecin complice qui informe sur la santé autant qu’il amuse ? 

Je n’ai rien calculé, c’est venu progressivement. La dimension pédagogique, je l’ai développée au cours de ma pratique médicale. J’ai toujours fait en sorte que mes patients comprennent ce que je leur disais. Je suis convaincu qu’une personne qui comprend son médecin se met sur le chemin de la guérison. Alors, je dessine des schémas, des planches anatomiques et je m’autorise à plaisanter avec eux, quand ils ne sont pas gravement malades ! La dimension déconneuse fait partie de ma personnalité. Ce que vous connaissez de moi au travers des médias correspond à ce que je suis dans la vie ! Quand on a commencé à me demander d’écrire des chroniques pour la radio, certains ont craint que mon humour ne me décrédibilise. « On ne rigole pas avec la santé », m’a-t-on expliqué, mais cela ne s’est pas passé ainsi. Je me suis rendu compte, au fil des mois et des années, que ce ton devenait ma carte de visite. Je me suis aperçu aussi que cette note d’humour permettait d’aborder des sujets graves sans paraître anxiogène. 

 

La crise sanitaire que nous traversons fait entendre beaucoup de discours médicaux,
dont les médecins ne sortent pas forcément grandis ! 

 

Cette maladie, « la covid desease », qu’on ne connaissait pas, contre laquelle il n’y avait pas de traitement, ni de vaccin, a incité les pouvoirs politiques à faire appel à toutes sortes de médecins qui ont été présentés comme des experts scientifiques. Le problème est que ces experts pensaient savoir, mais que leurs affirmations ont vite été rendues caduques. La crédibilité qu’on est venue chercher auprès d’eux s’est retournée contre eux. Moi aussi, j’ai proféré des affirmations qui se sont avérées fausses. Je pensais que le masque, dans la rue, n’était pas nécessaire ou qu’on ne serait jamais mis en quarantaine. Mais je me souviens aussi avoir commencé par dire : « Tout ce que je vais avancer, je le fais avec les connaissances scientifiques qu’on connaît au moment où je vous parle. »
Ce préambule a été oublié et on m’a beaucoup reproché mes contre-vérités sur les réseaux sociaux. Qu’est-ce que j’ai pris ! 

Comment aurait-il fallu communiquer ? 

Nous, les médecins, aurions dû dire : « On ne sait pas. » Malheureusement, on ne nous a pas appris à dire cela. On nous a enseigné le contraire : à laisser entendre à nos patients qu’on connaît toujours la direction diagnostique et thérapeutique qu’il faut prendre afin de gagner leur confiance. On a été formés à afficher une grande assurance, au risque d’apparaître parfois dogmatique et péremptoire. Durant cette pandémie, on a raconté des conneries, et ce faisant, on a ouvert une voie « anti-médecins » à tous les complotistes. 

 

Serez-vous moins spontané, à l’avenir ? 

Si je perds ma spontanéité, ceux qui m’attaquent sur les réseaux sociaux auront gagné. Cela dit, cette pandémie m’a rendu moins péremptoire; elle m’a ouvert les yeux sur le fait que la médecine est plus incertaine que je ne pensais et que tout le savoir que j’avais emmagasiné pouvait être remis en question, du jour au lendemain.

 

Comment se déroule une journée du docteur Cymes ? 

Je suis un hyperactif qui dort peu. Cinq à six heures me suffisent. Je me réveille vers 5 heures le matin et je me lève aussitôt. On ne peut pas m’apporter mon petit-déjeuner au lit ! Le matin, quand c’est calme et que j’ai le cerveau vif, il me vient 200 000 idées. La plupart, je les oublie une heure plus tard, mais j’en développe certaines. Je lis la presse, des études médicales, les articles qui paraîtront dans Dr. Good, j’écris des mails, ma chronique pour RTL... Ensuite, j’accompagne mon plus jeune fils à l’école et je pars à ma consultation médicale ORL à l’Hôpital Georges Pompidou à Paris ou je me rends dans ma société de production. 

 

Comment naissent vos projets ? 

J’ai peur de m’ennuyer. Alors, j’ai toujours besoin de nouveaux projets devant moi. Il y a ceux que j’initie : quand vous avez atteint un certain niveau de notoriété, c’est plus facile de trouver des éditeurs ou des producteurs. Et il y a ceux qu’on me propose. Je viens de tourner un téléfilm pour France 3 où je jouais un vétérinaire. Etre subitement mono-tâche pendant cinq semaines m’a dérouté. A la fois, j’étais très heureux de faire l’acteur, mais, à un moment, j’ai réalisé que cela ne me suffisait pas. J’avais envie de m’occuper durant les temps morts. 

 

Est-ce que ce besoin de vivre à cent à l’heure a quelque chose à voir avec l’histoire de vos deux grands-pères, juifs polonais émigrés en France dans les années 20 et morts en déportation à Auschwitz dans la fleur de l’âge ?  

Je n’ai pas fait de psychanalyse pour l’expliquer. Mais sûrement que mon envie de réussir est née d’une envie de revanche. La plupart des juifs rescapés de la Shoah voulaient que leurs enfants deviennent soit médecins soit avocats. Ça les rassurait pour l’avenir. Je me souviens que la réussite de ma première année de médecine a fait très plaisir à mes parents. Encore plus qu’à moi-même. L’histoire de mes grands-pères me touche beaucoup, mais j’ai dû partir à la pêche aux informations pour découvrir ce qu’ils avaient vécu, car personne n’en avait parlé à la maison. Même ma grand-mère, qui a vécu jusqu’à 100 ans. Je crois à une mémoire collective familiale : quand je me suis rendu à Auschwitz, j’ai éprouvé une souffrance qui semblait inscrite en moi. 

 

Vous êtes devenu père à 40 ans, puis de nouveau à 42 ans et une troisième fois à 54 ans. La maturité a-t-elle modifié votre rapport à la paternité ? 

L’avancée en âge apporte un bénéfice et un handicap. Côté bénéfice, cela oblige à rester en forme. Chaque soir, quand je rentre à la maison, mon fils de 9 ans me réclame une partie de foot. Parfois, je me dis que je suis crevé ou que j’ai mal au genou, mais je joue avec lui quand même. Il me demande aussi de l’aider pour les devoirs et, des fois, cela m’oblige à reconnecter des neurones dans un sens que j’avais oublié. Côté handicap, je dois reconnaître que, à 63 ans, je suis moins indulgent. L’expérience m’a montré qu’il ne fallait pas céder sur certains points, comme l’attraction des écrans. Je suis aussi devenu un papa très angoissé. Peut-être bien que je suis un peu chiant avec cela. 

 

Est-ce que vous faites ce que vous préconisez dans vos cahiers « santé » pour rester en forme ? Vous mangez bien ? Vous bougez assez ? 

Côté bouffe, je ne suis pas toujours un modèle d’équilibre. Du genre à mettre un peu de pain sous le beurre ! Et puis, je suis un viandard, grand amateur de charcuterie. Heureusement, j’ai un bon métabolisme. Mais je m’efforce de manger plus de fruits et de légumes ! Côté sport, je m’entretiens, car, à partir d’un certain âge, on a mal à toutes les articulations. J’ai une petite salle de musculation chez moi et un vélo d’appartement. Me dépenser est un besoin quotidien, pour éliminer la charge mentale, car, moi aussi, j’ai une charge mentale, il n’y a pas que les femmes ! (Rires.) 

 

Le temps qui passe ne vous agace pas ?  

Le temps ne passe pas. (Rires.) 

 

Qu’est-ce qui vous démoralise dans la vie ? 

Je suis un grand optimiste. Et un grand fataliste. Si les choses ne se déroulent pas comme prévu, je me dis que c’est parce qu’elles devaient se dérouler autrement. Si une émission s’arrête, je me dis qu’elle devait s’arrêter et qu’il y aura mieux après. Je suis curieux de tout, je ne m’interdis rien. Quand même, ce qui me démoralise, c’est la bêtise. Cela navre l’informateur santé que je suis et le Dr. Good qui veut tout positiver que tant de gens mordent aux « fake news » (NDLR, fausses informations) qui traînent sur les réseaux sociaux et qui les rendent paranos. 

 

Quels sont vos vœux pour 2021 ? Pour vous-même et pour vos patients ? 

Il ne faut pas aborder 2021 comme on quitte 2020, avec de la morosité et un sentiment d’impuissance. On aura bientôt un vaccin contre le coronavirus, on pourra se faire vacciner et la vie va reprendre ses droits. Les personnes fragiles vont progressivement renouer avec une existence normale. Cette pandémie va laisser des traces. Elle a tué des gens. Mais elle a aussi permis de se recentrer avec l’essentiel. 

 

C’est ce qui s’est passé pour vous ? Vous vous êtes recentré sur l’essentiel ? 

Durant le premier confinement, j’ai vécu seul, loin de ma famille et je me suis posé beaucoup de questions. Sur mes choix de vie. Sur les raisons pour lesquelles je courais autant, sur la responsabilité de ma parole de médecin sur la vie des gens. Cela m’a permis d’effectuer quelques réglages pour être plus en phase avec mes valeurs. Donc, si je pouvais donner un conseil, ce serait de ne pas oublier ces remises en question qui nous ont tous traversées durant la première vague notamment. Et de continuer à s’asseoir sur un banc au bord du lac, face aux montagnes et de se rappeler que la vie est belle. Malgré tout. 

 

Vous suivez l’affaire Darius Rochebin ? Qu’est-ce que cela vous inspire ?  

Je me suis toujours bien tenu, moi ! (Rires.) De par mon éducation et parce que je suis heureux en ménage ! Mais si, demain, quelqu’un affirmait que je lui avais mis la main aux fesses, comment prétendre le contraire et être cru ? C’est une parole contre une autre. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux qui enflent tout, il est difficile d’arrêter une rumeur. 

 

Où serez-vous dans dix ans ? 

Je ne me vois plus ni à la télé ni dans aucun média. Je n’aimerais pas entendre des plus jeunes me dire : « Bon ! Alors ? » Je préfère prendre les devants. Je me vois bosser encore, mais dans un autre domaine. J’ai d’autres centres d’intérêt que la médecine. 

 

Propos recueillis par Véronique Châtel 

 

Les six premiers Cahiers du Dr. Good : Enfin, je dors bien, Oui, je peux arrêter de fumer !, Je booste mon immunité (avant l’hiver), Moins de sucre, plus de plaisir (et de santé), Le stress, je gère !, L’arthrose, je peux agir ! - sont publiés aux Editions Solar

 

 

 

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