Mathias Reynard fort de son héritage altruiste

 Mathias Reynard a choisi ce tableau de François Boson : « Un contemporain, avec un côté mystérieux. Le Valais n’a pas toujours été facile pour cet artiste dérangeant. » ©Yves Leresche/DR

Le jeune ministre valaisan, chef de la Santé et de la Culture, a grandi à Savièse avec des parents larges d’esprit et très présents dans son éducation ouverte au monde et à la différence. Des valeurs qui ont toujours guidé son engagement politique.

« Les valeurs que je défends, je les dois à mes parents. » Si la politique partisane n’a jamais eu sa place à la maison, Mathias Reynard, né en 1987, chef du Département valaisan de la santé, des affaires sociales et de la culture, a été nourri, enfant déjà, au respect de l’autre. « Le cravaté ne vaut pas plus que celui qui rentre du chantier son habit couvert de poussière. » Son écoute des sans voix, le Saviésan la puise dans son milieu qu’il décrit comme « simple », au sens noble du terme : un papa poseur de sol, à la tête d’une petite entreprise familiale, où sont, aujourd’hui, actifs son frère et sa maman, infirmière de profession. « Ma mère accompagne mon père dans ce travail physiquement exigeant. Elle donne aussi des cours de langue aux migrants. » Proche de ses parents et de ses deux frères, le premier conseiller d’Etat socialiste du Valais romand, élu l’an passé à seulement 33 ans, a reçu d’eux un socle bien solide : « Ils sont très importants pour moi et, contrairement à d’autres exemples en politique, je n’ai pas eu à me construire contre les miens. » 

 

Ensemble à la vigne

Les Reynard cultivent d’ailleurs encore, tous ensemble, 600 mètres carrés de vigne à Savièse. « On vient de couper les bouts. J’adore ce travail qui représente pour moi une vraie bouffée d’oxygène, après une séance de bureau. Cela me fait peut-être plus de bien encore que pour le reste de ma famille, déjà active manuellement toute la journée dans le domaine du bâtiment. » Le Pinot noir de la famille Reynard est d’ailleurs à l’image de l’esprit de celui qui fut le benjamin du Grand Conseil valaisan puis du Conseil national à seulement 24 ans en 2011 : récolté avec cœur (le symbole rouge vin y est bien visible), est-il précisé sur l’étiquette colorée et humoristique. 

Fort de cet héritage altruiste, Mathias Reynard est paré pour affronter la rudesse du monde politique, où tous les coups sont permis. Prévenants et disponibles, ses parents ne sont jamais très loin du plus jeune conseiller d’Etat du pays. « Mon père, très sociable, est de bon conseil, ma mère, si positive en tout, également. Mais j’essaie aussi de les protéger. Si nous autres, en première ligne, finissons par nous construire une carapace, ce n’est pas forcément le cas pour nos proches. » 

 

 

A lire aussiThierry Lang, un talent qui ne vient pas de nulle part

 

De la résistance, il en faut en ces longs mois de front contre la pandémie, où diriger la Santé de son canton n’est pas une sinécure, loin s’en faut. Là encore, l’exemple familial est une ressource. Les patients toujours plus nombreux à être admis aux soins intensifs pour cause de coronavirus suscitent avant tout l’empathie de ce fils d’infirmière : « Je ne les vois pas comme des numéros et je sais qu’ils sont désormais plus jeunes et que la durée de leur séjour s’allonge et cela peut concerner un jeune parent de 40 ou 50 ans. »

Décidé à ne pas laisser le virus prendre toute la place, Mathias Reynard affirme ne pas oublier les combats qui sont les siens depuis ses débuts en politique : l’égalité entre hommes et femmes, la lutte contre les inégalités. Né dans un canton conservateur, Mathias Reynard est une figure nationale de la lutte contre l’homophobie. Si l’influence de son milieu proche aura également été déterminante, il salue le courage de celles et de ceux qui se sont battus pour décloisonner son canton : « Les luttes contre les discriminations homophobes sont d’autant plus importantes dans les régions où il y a plus à faire. Les organisateurs de la première Pride en Valais, il y a vingt ans, ont eu un courage hors du commun. » Mathias Reynard pense en particulier à sa prof de gym du Cycle d’orientation de Savièse, pionnière de la cause homosexuelle. 

 

La famille des amis et de la politique

Au-delà de la famille, Mathias Reynard aime à citer d’autres personnes qui ont compté dans son éducation et son rapport au monde. « J’ai de la chance d’avoir autour de moi un grand et bon réseau amical, présent depuis longtemps. Je suis très proche de mes cousines que je vois au moins une fois par semaine. L’un de mes meilleurs amis se trouve être mon ancien professeur de musique, qui est aussi compositeur. N’étant pas du tout dans la politique, il m’amène une certaine légèreté dans mes activités chronophages, où il faut réussir à garder les pieds sur terre. »
Parfois, on parle aussi de la politique comme étant une famille. « Oui, le Parti socialiste est pour moi une famille. En tout cas, c’est ce que je ressens en Valais, parce qu’on est plus petit et qu’il y a une histoire particulière. C’était dur d’être socialiste, il y a cent ans. On a cet héritage d’être les successeurs de gens qui se sont levés contre les injustices et qui n’ont pas été bien traités pour avoir pris le parti des petits. Cela crée des liens très très forts au sein du PS valaisan, où je ne compte aucune inimitié. C’est assez rare dans ce milieu. J’ai un lien fort avec toutes les générations, des plus jeunes aux plus anciens qui militent depuis des décennies. » 

Bien présente en lui, l’enfance heureuse de Mathias Reynard est-elle attachée à un souvenir plus qu’à un autre ? La question le laisse silencieux, l’espace d’une seconde ou deux, où monte l’émotion : « Ce qui me vient comme ça, ce sont ces moments où ma mère faisait des nuits à l’hôpital. Mon père cuisinait pour les enfants. Il y avait tout un petit rituel, avec le départ de ma mère et le repas ensuite. A l’heure du coucher, on trouvait alors un petit mot écrit à chacun de nous trois par ma mère. Cela a aussi construit une relation forte avec mon papa, très présent. » Et Mathias Reynard d’ajouter avec un large sourire : « J’ai des parents assez modernes qui nous ont élevés en étant tous deux très impliqués dans notre éducation. »

 

Nicolas Verdan

 

 

 

0 Commentaire

Pour commenter