La mort & moi vu par Thierry Romanens

©Dessin : Nicolas Zentner

Né à Colmar en 1963, Thierry Romanens doit son nom à un grand-père fribourgeois. Musicien, chanteur, humoriste (Les Dicodeurs), acteur, metteur en scène, il a développé une forme de spectacles originale qui marie musique et textes littéraires.
Dernière production : « Et j’ai crié Aline ».

Pensez-vous à votre mort ?

Ce n’est pas une obsession, ni une angoisse. Mais, disons que j’y pense suffisamment pour qu’elle me laisse tranquille. Je crois être assez serein. Mais je ferai peut-être moins le malin le moment venu...
 

Avez-vous fait un testament, donné des directives à vos proches ?

Avec mon épouse, nous nous sommes demandé si nous préférions être enterrés ou incinérés, mais je n’ai pas encore choisi. L’incinération, c’est plus écologique. Mais, après, je n’aimerais pas qu’on me balance dans le lac. J’aime les cimetières, ils jouent un rôle important. Ils permettent un rituel, ils nous confrontent à l’idée de la mort. Le testament, c’est dans ma pile des choses à faire... Mais, au fond, le plus important pour moi, ce n’est pas la logistique, mais les choses du cœur : c’est d’avoir suffisamment aimé mes enfants, mon épouse. Et de le leur avoir, de mon vivant, assez clairement exprimé.

 

Etes-vous croyant ?

Bonne question ! Je n’ai pas autorité pour dire que non (rires). Je suis d’éducation catholique, j’ai été à l’école chez les jésuites, ma mère était catéchiste. Je ne suis pas pratiquant, mais je ne balaie pas ça du revers de la main. C’est un mystère qui continue de m’interroger.

Quelles traces espérez-vous laisser ?

J’essaie de faire, de mon vivant, des choses dignes d’intérêt. Mais ce qui va rester, ça ne m’appartient plus. Bon, si je pouvais, j’irais trier dans les captations de mes spectacles qui traînent sur YouTube et Facebook : il y a des choses de très mauvaise qualité…

 

Où serez-vous quand vous ne serez plus là ?

Ce n’est pas de mon ressort. Je suis consentant avec ce qui arrive, mais je ne m’en préoccupe pas. D’ailleurs, c’est presque un peu égal, non ? Ma responsabilité, c’est de ne pas être trop crétin de mon vivant. Après, on sera pris en charge (rires) ! Soit par quelque chose de divin. Soit simplement par la terre, incorporé en elle. Cela m’irait très bien aussi. Si je peux servir de terreau à un joli arbre, je suis content.

Aux Etats-Unis, on composte les morts, ça vous plairait ?

Le compost, ça renvoie aux épluchures de légumes, j’ai un peu de peine à imaginer… Disons que, si on me composte, j’aimerais mieux donner un tilleul plutôt que des plants de tomates. Qu’on puisse me prendre en infusion…

 

Y a-t-il des textes, qui vous aident à envisager la fin ?

J’ai en mémoire un texte tiré de mon spectacle sur Alexandre Voisard : « Comment vivre l’âge venu… » Il parle de la perspective de ses derniers jours : « ...Parler aux arbres, faire la soupe, siffler sur le tranchant des feuilles, […] récolter le bois, soigner le feu… attendre. » Et, à la fin, il dit : « Je ne suis plus que menthe fraîche, heureux de n’exister que dans ce parfum, petite herbe fragile et meurtrie. » C’est beau, non ? Tenez, pour le compost, je choisis la menthe fraîche !
 

 

PROPOS RECUEILLIS PAR
ANNA LIETTI

 

 

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