Johanna Gapany: « Grâce à mes parents, je me sens bien dans ce que je fais »

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Si à l’aise dans son costume de conseillère aux Etats, la libérale-radicale fribourgeoise Johanna Gapany évoque son enfance à la ferme, où les discussions allaient bon train, dans le respect et l’écoute de l’autre.

« Enfants, ma sœur, mon frère et moi étions très libres. Nous avons grandi dans la culture de du débat et du goût pour l’échange. Cela m’a permis de me construire. » Johanna Gapany, 33 ans en juillet, est tout sourire quand elle évoque son plus jeune âge, chez ses parents, à la ferme de la Tour-de-Trême : « Je ne suis pas nostalgique. Mais c’est vrai que j’ai eu une enfance incroyable dans un milieu agricole. Si je ne suis pas née avec une cuillère en or dans la bouche, j’ai reçu de mes parents une valeur essentielle : peu importe ce qu’on fait, tant qu’on aime le faire. » Des atouts de confiance en soi dont la jeune femme, membre du PLR, a su employer à bon escient. 

Voyez plutôt : trois ans l’ont vue passer du législatif de la ville de Bulle au Conseil des Etats à Berne. Non sans un passage, en 2016, à l’exécutif de sa commune. Sans transition, ce sera le Grand Conseil à la fin de la même année. Et, en 2019 donc, la voici plus jeune sénatrice de Suisse. 

Pour trouver le temps d’échanger avec cette femme à l’agenda bien chargé, nous avons opté pour le train, son mode de transport quotidien : Berne-Fribourg, changement pour rejoindre la gare en chantier de Bulle, en phase dynamique d’urbanisation. En tenue de ville, si naturelle dans sa sobre élégance, un parapluie aux couleurs du plan de ville de Morat sous le bras, la très british Gruérienne rejoint la Voie 5 d’un pas vif. Non pas pressée, tant la vie politique la passionne, mais tout simplement heureuse de s’en retourner chez elle après des journées pour le moins remplies

 

« Leur donner espoir »

En ce printemps pluvieux, la Chambre haute de l’Assemblée fédérale planche sur le financement des dettes accumulées en cette période exceptionnelle. De quoi occuper l’esprit de Johanna Gapany qui est la vice-présidente de la Commission des finances. Sous la coupole, il est aussi beaucoup question de la réforme de l’AVS : « Un thème important du point de vue intergénérationnel, assure Johanna Gapany. Je pense aux jeunes, à la nécessité de leur assurer une retraite. C’est si important de leur redonner espoir. » Toujours voir les choses du bon côté. Encore un legs familial : « Je dois également à mes parents un certain optimisme. Ça compte, à l’âge où l’on se forme, quand on grandit. Au bout du compte, c’est comme une racine, cela reste en soi. » 

Maîtresse de ses émotions, tout en laissant la part belle à sa sensibilité, Johanna Gapany a le don de toucher les gens quand elle parle. Pas seulement quand elle évoque son père, décédé il y a trois ans et qui ne l’aura pas vue accéder au Conseil des Etats : « Il n’était peut-être pas là, mais je le lui ai dit. Il reste très présent dans mon activité politique. » Lorsqu’elle évoque l’adversité en politique, la libérale-radicale fait preuve de tout autant d’intelligence et de cœur : « Ce qui forge l’opinion, c’est l’expérience et le vécu. Je cherche à comprendre pourquoi les gens pensent comme ils pensent. Je dois cela à mon papa, un homme de grande écoute. Cela aide pour le débat. J’ai un avis, mais je suis consciente qu’il y en a d’autres et je les accepte assez volontiers. »

 

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Son exemple

Mais attention, Johanna Gapany n’a pas peur de la confrontation. Quand il s’agit de défendre ses convictions, elle est bien là. C’est pourquoi elle apprécie tant Pascal Couchepin, Samuel Schmid, Micheline Calmy-Rey ou encore Adolf Oggi. « Je ne saurais dire si le Conseil fédéral de mon enfance était composé de figures très marquantes ou si c’est dû à mon regard d’alors, si émerveillé par la politique. Un peu des deux, sûrement. » Et de regretter le discours parfois trop « lisse » des personnalités politiques de nos jours. Oui, car Johanna Gapany a encore en tête le souvenir des discussions animées sur le domaine familial. On y parlait de tout, autour de la table, et même sur le tracteur. « Mon papa était conseiller communal. Il était radical, bien moins impliqué dans le parti que je ne le suis moi-même aujourd’hui. Il s’est engagé pour servir. Son exemple m’a amenée là où je suis aujourd’hui. » Lui qui disait que : « Avant de recevoir, il faut donner. »

Engagée dans la paroisse, moins versée dans la politique, la maman de Johanna Gapany n’était pas trop favorable à l’idée que sa fille se lance en politique : « Elle trouvait ce milieu un peu rude. Aujourd’hui, même si elle dit qu’elle ne supporterait pas de faire de la politique, elle aime quand même bien ça, elle adore discuter des votations, elle aime bien entendre les arguments et suivre les débats. » Sa fille en rit quand elle en parle. Il faut dire qu’elle a mis tout le monde devant le fait accompli avec sa carrière éclair. 

La « grande sœur et le petit frère », quant à eux, ne font pas de politique. « Un jour peut-être ! », dit-elle avec un clin d’œil. Pour aussitôt préciser que leur engagement est ailleurs : « Mon petit frère, qui est aussi mon meilleur ami et mon témoin de mariage, est beaucoup impliqué dans les sociétés de jeunesse, dans les pompiers, le don du sang. Il n’a pas fait le même parcours que moi, il est mécanicien et cela m’aide d’avoir ces discussions avec lui. J’ai ainsi des échos différents de ceux que renvoient mes discussions avec les autres politiciens. » 

Très présente en elle, l’enfance de Johanna Gapany ressurgit aussi à travers des images d’insouciance : « Ah, les vacances ! Comme agriculteurs, on en avait très peu, mais on se rendait au même endroit, à la même période, sur la même plage, à Aigues-Mortes, en France. C’était incroyable pour nous d’aller à la mer ! » Lorsque son regard se tourne vers le passé, Johanna Gapany exprime aussi sa gratitude envers ses grands-parents maternels : « Ils m’ont laissé penser très vite que tout était possible. Ils m’ont présenté une image évoluée d’une société où j’allais pouvoir être une femme indépendante. »

« Au fond, dit Johanna Gapany en jetant un œil par la fenêtre du train, qui relie maintenant Romont à Bulle, le plus important, ce sont les valeurs et l’amour que transmettent les parents. C’est ce qui construit un enfant et me permet aujourd’hui d’être à l’aise avec ce que je fais, de me sentir bien avec les gens. »

Tout à l’heure, en poussant la porte de son chez-soi, Johanna Gapany retrouvera sa petite fille, née en janvier dernier. « Les moments passés avec elle sont intenses. Plus question de regarder mes mails. » 

 

Nicolas Verdan

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