Henri Dès s’apprête à fêter ses 80 ans! Rencontre.

©Yves Leresche

Après son infarctus, qui l’a effectivement laissé pour mort, l’espace de quelques minutes, Henri Dès embrasse sa nouvelle vie avec gourmandise. Ça tombe bien, il fête ses 80 ans.

Il nous accueille avec son éternel sourire, le teint lumineux… Si on a aujourd’hui rendez-vous avec Henri Dès, chez lui, dans sa propriété de Lonay (VD), c’est pour célébrer ses 80 ans. Avec, toutefois, un peu d’avance, puisqu’il ne les fêtera que le 14 décembre.

« De toute façon, je devrais être mort, nous rétorque l’idole de la jeunesse quand on lui demande comment il appréhende ce cap.
Tout ce qui m’arrive-là, ce n’est que du bonus ! »

Ce « décès » qu’il évoque sans détour, c’est son accident cardiaque, du 27 novembre dernier. En train de regarder la télé, il avait soudainement été frappé par un infarctus et Nathaly, sa compagne (rencontrée après le décès de sa femme, il y a trois ans), lui avait sauvé la vie en lui prodiguant les premiers soins avant l’arrivée des secours. « Il est effectivement mort en une seconde, nous confirme celle-ci, assise à côté de lui. Un moment, il allait bien, juste préoccupé par des douleurs lombaires. L’instant d’après, son cœur avait cessé de battre et ses yeux étaient vitreux. »

 


Le chanteur et sa nouvelle compagne, Nathaly, qui lui a sauvé la vie. Photo ©Yves Leresche

 

 

Tous les deux évoquent l’« incident » avec de grands sourires, signe d’une complicité évidente, mais surtout que la page est aujourd’hui tournée. « Mon cardiologue me dit que je suis rétabli, reprend le chanteur, et j’ai l’impression d’entamer une deuxième vie, même si celle-ci risque de ne pas être aussi longue que la première… » Une renaissance qui lui donne en tout cas des ailes, puisque le futur octogénaire multiplie les projets. Il fêtera d’abord son anniversaire en public les 12 et 13 décembre, avec un spectacle organisé au Théâtre de Cossonay (établissement dirigé par sa fille, Camille Destraz) où plusieurs célébrités romandes viendront interpréter ses chansons : Aliose, Yann Lambiel ou encore Zep. Il sera aussi en concert au Grand Casino de Paris (les 7 et 8 novembre), à Payerne 
(le 6 décembre), à Plan-les-Ouates (le 16), avant de filer vers la Belgique, l’an prochain. Et il prépare même une comédie musicale avec Zep.« Presque par hasard » Bref, voilà quelqu’un dont le regard est résolument tourné vers l’avenir. Pas banal, à 80 ans.

 

L’homme aux quatre millions et demi d’albums vendus, 11 disques d’or, 1 de platine et 93 passages à l’Olympia nous rappelle néanmoins que, jeune, il a échoué dans tout ce qu’il avait entrepris (sa scolarité, un apprentissage de dessinateur architecte, un petit boulot de teinturier) avant de s’orienter vers la musique, presque par hasard : « Un copain t’apprend trois accords de guitare, tu écris une première chanson, tu la chantes devant trois personnes… et, de fil en aiguille, tu te produis dans de petits bistrots, de petits concours d’amateurs. » Le tout en ayant toujours pris soin de garder son modèle, George Brassens, en ligne de mire. « Quand je me retrouvais face à un choix cornélien, je me demandais ce qu’il aurait fait à ma place. Comme lorsque cette grosse chaîne de fast food, au moment où mes chansons pour enfants commençaient à marcher, m’avait proposé « un saladier » pour installer devant toutes leurs enseignes de France un énorme bibendum à mon effigie. Mais mon image en aurait pâti… »

 

Question image, on lui rappelle la baffe qu’on a pris, l’an passé, en le voyant réinterpréter certains de ses titres façon metal avec le groupe Ze grands gamins, mené par son fils Pierrick Destraz. « Notre passage au Festival Motocultor, en été, reste l’un des souvenirs les plus fous de ma carrière, face à 12 000 fans en furie. Après le concert, ils étaient encore une centaine à faire la queue pour avoir ma signature. « Toi t’es mon pote ! », qu’ils me disaient, avec leurs piercings et leurs tatouages, tout en m’enlassant. »  

 


Vannes (Morbihan), 2019. « Avec Pierrick, son fils (à gauche), lors du Festival de metal Motocultor."

 

Aujourd’hui, l’objectif reste de finir de muscler son cœur, avec piscine, vélo d’appartement et marche au programme. En dehors de ça, il retire toujours autant de plaisir à attraper sa guitare pour travailler sur de nouvelles compositions et est tout heureux lorsque ses petits-enfants lui demandent comment exécuter tel accord. Et puis, il avoue ne pas avoir beaucoup d’indulgence pour les chanteurs français d’aujourd’hui. « Personne n’arrive à la cheville d’auteurs comme Brel, Renaud, Souchon ou Ferré. Il y a bien eu Stromae, que j’ai trouvé extraordinaire, mais il a fait un burnout. Du coup, je regarde beaucoup de reportages sur les anciennes légendes, Elvis, les Beatles ou Billie Holiday. Je ne les envie pas : trop excessif comme célébrité. Et puis, la plupart ont mal fini. Moi, de ce côté-là, c’est bon, j’ai donné : je suis mort une fois et je compte bien m’arrêter là ! »

Christophe Pinol

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