Elle a transformé un cauchemar en... spectacle !

Après des mois d'efforts, de chauchemar même, la comédienne a retrouvé l'usage de ses bras et s'apprête à remonter sur scène.
© Alice Caspary

Paralysée des bras et des épaules après une opération chirurgicale, Véronique Montel a mené la bataille de sa vie. Aujourd’hui, presque rétablie, elle s’apprête à porter son histoire sur la scène. Portrait.

Rendez-vous sur une terrasse, à Lausanne. Véronique Montel est déjà installée à une table et nous fait signe de la rejoindre. Instantanément, son sourire et ses yeux rieurs nous mettent à l’aise. Avec entrain et pendant plus d’une heure et demie, la comédienne lausannoise va parler de ce qu’elle décrit comme le combat de sa vie. A tout juste 60 ans, privée de ses bras après une opération des cervicales, elle commence l’écriture d’un spectacle racontant sa terrible épreuve, rapidement, mais tout de même après avoir encaissé le coup. Vêtue simplement, les cheveux joliment indisciplinés, elle parle d’une voix bien à elle, fluette et assurée à la fois. Une voix de radio qu’elle a prêtée au personnage de Rosy dans le film Ma vie de Courgette et qu’elle a chauffée dans l’émission La soupe est pleine de 2000 à 2006. Aujourd’hui, Montel, comme on l’appelle, nous parle de son nouveau spectacle, Les bras m’en tombent, une fiction inspirée de son histoire, qui verra le jour en mars 2020 au Pulloff Théâtres lausannois.

 

Comédienne dans l’âme

D’où est née cette passion pour le théâtre ? Une mère parisienne, un père suisse, Véronique Montel a 12 ans quand la magie de l’art vivant la percute. A ce moment-là, elle fait partie d’une troupe d’amateurs dans son école, à Fribourg. Les années passent, l’amour de la comédie persiste. A 20 ans, elle entre à l’Ecole romande d’art dramatique de Lausanne, la fameuse ERAD, devenue La Manufacture. « Je ne sais pas si c’est parce que je suis comédienne, mais je cherche toujours de la matière à jouer. Tout ce qui m’arrive, j’ai envie d’en faire « quelque chose ». Déjà très jeune, je me rappelle, j’avais un chagrin d’amour et je me voyais en train de pleurer sur scène. » Un talent qui lui a permis d’interpréter une soixantaine de rôles au théâtre et de tourner dans une vingtaine de films en Suisse et en France. On la connaît aussi pour sa participation aux Babibouchettes, une aventure télévisuelle de presque vingt ans dans laquelle elle a interprété plusieurs personnages. Elle a également écrit et joué trois one woman show à succès : Bernard, Véronique Montel et toutes ses dents ainsi que Léon, Nietzsche et moi. Mais attention, Les bras m’en tombent n’en est pas un », prévient-elle. Reste que ses spectacles ont tout de même un point commun : l’humour.

 

« Je ne pouvais pas manger, ni aller aux toilettes »

Pour en revenir à Les bras m’en tombent, l’histoire débute il y a deux ans. La comédienne doit se faire opérer des cervicales. Mais, au réveil, c’est le choc. On lui apprend que ses bras et ses épaules sont paralysés. « C’était terrifiant, parce que je ne pouvais pas manger, ni me coiffer, ni aller aux toilettes, même pas remonter la couette sous mon menton… » S’il était certain que quelque chose s’était mal passé durant l’opération, aucun moyen d’en savoir davantage à ce sujet. A cette demande, un continuel « on ne sait pas » sortait de la bouche des professionnels de la santé. Le départ de l’hôpital, initialement prévu cinq jours après l’opération, se transforma en trois longs mois de cauchemar. A la question de la possibilité de retrouver sa mobilité, on lui répondait : « Peut-être. » Il n’en fallait pas plus pour booster cette imperturbable optimiste. Elle se lance avec force et conviction dans un combat frontal et sans merci contre ce handicap. « Si je ne voulais pas sombrer dans la dépression parce que j’avais perdu mes bras, il fallait que je trouve des moyens de déjouer cela », nous explique-t-elle un rien émue. Après des mois d’efforts, elle finit par retrouver l’usage de ses membres : « J’ai été très entourée par ma famille, mes amis, les physiothérapeutes. J’ai commencé une rééducation intensive tous les jours et, petit à petit, mes bras se sont déliés. » De ses journées à l’hôpital, Véronique Montel tirera de nombreuses anecdotes qu’elle se régalait de raconter à ses proches à l’heure des visites. Dans son spectacle, elle narrera notamment une scène vécue avec un des médecins. Il m’a dit : « La vie ne sera plus jamais comme avant. Il faut faire le deuil de vos bras. » C’était tellement incongru. Je ne l’ai pas cru une seconde et j’ai éclaté de rire. Je pense que l’humour m’a tenue debout. Passer par l’autodérision, c’était une façon de survivre, de garder l’équilibre. »

 

Un spectacle drolatique

Quid de l’écriture ? La comédienne explique : «Quand j’étais à l’hôpital, j’ai tout de suite eu envie d’en faire un chemin créatif. Je me suis dit que c’était la seule ressource de cette épreuve. » C’est finalement son amie comédienne et metteure en scène, Anne-Cécile Moser, qui, un jour, lui tend une feuille blanche en lui apportant un cahier. Montel commence à prendre des notes avec toute la minuscule force de son poignet et de ses doigts, qu’elle parvenait à manier péniblement. « Au début, c’était juste comme ça, puis, au fil des mois, j’ai décidé de continuer. Peut-être que si je n’avais pas guéri, je n’aurais pas fait un spectacle. » Poétique, sensible, personnel, ce projet théâtral avance en funambule entre les pleurs et les rires. La comédienne précise : «C’est un chemin. Le récit d’un combat. Au départ, je voulais carrément en faire un match de boxe en 13 rounds. Au final, il reste un peu de cela, avec une victoire au bout. » Contre toute attente, malgré la gravité du sujet, il n’y a dans Les bras m’en tombent aucune volonté de faire passer un message. « Les gens prendront ce qu’ils voudront. Mon but est de leur raconter une histoire, une histoire vraie qui finit bien. »  

 

Alice Caspary


www.pulloff.ch

• Création, du 10 au 22 mars, au Pulloff à Lausanne
• Interface, les 27 et 28 mars à Sion
• Théâtre La Grenette, les 29 et 30 avril à Vevey

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