Cinq humoristes racontent leur confinement

Vincent Veillon et Vincent Kucholl ©DR

L’humour est un baume au cœur quand rôde le Covid-19 et qu’on doit rester chez soi. Même à la maison, Vincent Kucholl, Vincent Veillon, Yann Lambiel, Marc Donnet-Monay, Thomas Wiesel et Yann Marguet ont toujours le mot pour rire.

Yann Marguet

Un truc pour bien vivre cette période de confinement ?

La prendre comme elle est. Avec tout ce qu’elle a de chiant, d’inquiétant, d’étonnant, de beau, aussi... Nous sommes ici et maintenant. Je suis quelqu’un de très pragmatique donc, sans dire que je ne pense pas à demain, j’essaie de ne pas trop m’arrêter sur les dates de fin de confinement que le gouvernement nous balance. Je préfère me dire que ça durera le temps que ça durera pour que tout le monde soit en sécurité, plutôt que de me réjouir de boire des bières en terrasse. Cela dit, je me réjouis de boire des bières en terrasse.

Est-ce difficile de faire de l’humour dans un contexte pareil ?

« Ouon (NDLR, oui et non). Je crois que ça fonctionne par phases, comme nous. Il y a eu la phase de choc, puis celle de la digestion, qui se termine actuellement, et nous rentrons maintenant dans une phase de normalisation de la situation, avant l’étape de guérison, où l’on essaiera de mettre tout ça tant bien que mal derrière nous, tout en intégrant les changements qui s’imposent. A chaque phase son genre d’humour. Difficile de faire des blagues sur les consignes au moment où trop peu de gens les respectent. Maintenant qu’elles ont l’air d’avoir été intégrées par le plus grand nombre, on va peut-être pouvoir commencer à rire du fait qu’on désinfectait nos cornflakes une par une avant de les manger. Ça tombe bien, c’est mon truc. »

 

 

Marc Donnet-Monay

« J’ai profité du confinement pour tester la barbe, mais, hier soir, j’en avais tellement marre que je me suis rasé. C’est donc une photo historique de moi avec une barbe d’une semaine. »

« Un truc pour le confinement ? Des horaires réguliers de travail et de repas, du sport dans mon bureau, des apéros sympas et de la lecture au soleil. Pour l’instant, ça tient le moral, mais on verra dans trois ans et demi. Sinon, honnêtement, c’est un peu difficile de faire de l’humour, ces temps-ci. Parce qu’on a envie de parler que de ça, alors que les gens n’ont envie d’entendre parler que d’autre chose. C’est le moment où on regrette de ne pas être devenu chanteur. »

 

Yann Lambiel

« En restant à la maison, on peut faire tous ce que l’on met toute l’année en attente… Ranger, écrire, lire. Et profiter de sa famille ! Ça n’est pas toujours facile d’avoir des idées quand il n’y a plus qu’un seul sujet. Mais ça oblige à être créatif ! En cette période de confinement, les gens ont encore plus besoin de rire et de se divertir. Ils ont besoin de choses positives. C’est notre travail, à nous les artistes, en temps normal et c’est notre travail, en temps de crise ! »

 

 

Vincent Veillon et Vincent Kucholl

(voir photo en couverture)

« Cette période, on la vit à travers les apéros avec des amis, à distance, par visioconférence; les coups de fil avec nos proches, notamment nos parents pour prendre de leurs nouvelles; la préparation de bons petits plats et le boulot, puisqu’on a la chance de pouvoir continuer de travailler, même si c’est dans des conditions assez particulières. L’humour ? C’est plus délicat qu’en période normale. Malgré le fait que tout semble tourner au ralenti, les choses bougent tellement vite que certains sketchs peuvent être périmés rapidement. Nous faisons aussi particulièrement attention à équilibrer humour et message de prévention. Comme nous avons la chance de nous adresser à un large public, nous nous sentons particulièrement responsables des propos que nous tenons et qui ne doivent pas être équivoques. Et puis, il n’y a jamais eu autant de téléspectateurs qu’aujourd’hui, alors que les émissions de télévision n’ont jamais été fabriquées en recourant autant à la bricole. »

 

 

Thomas Wiesel

« En ce qui me concerne, rester occupé fonctionne bien. Je suis beaucoup l’actu, j’essaie de la détourner, je fais des montages photos, des vidéos, quelques séries Netflix en visioconférence, je prends des nouvelles de mes proches, et les journées passent super vite. Je ne dirais pas que faire de l’humour, c’est difficile. Il faut évidemment compter avec le fait que cette tragédie nous touche tous et que nombreux sont ceux à être impactés par la maladie, soi-même ou des proches. Mais cette situation fournit un des rares moments de ma vie où un sujet nous touche tous. Parfois, en tant qu’humoriste, quand on doit parler d’actualité, le plus difficile est de trouver un thème qui intéresse les gens, là au moins, tous les matins, je sais plus ou moins de quoi je vais parler. La difficulté est peut-être de se renouveler, de trouver d’autres angles et thématiques dans ce vaste sujet.

Et il n’y a qu’à voir le nombre de blagues qu’on reçoit à longueur de journée sur WhatsApp. L’humour est un bouclier, une forme de prise de distance avec la réalité, pour permettre de l’appréhender et de continuer de fonctionner. Et, plus la réalité est rude, plus l’humour a une carte à jouer. Quand tout va bien et que tout le monde rigole déjà, a-t-on vraiment besoin des humoristes ? »

 

Propos recueillis par Nicolas Verdan

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