Christine Magro, « Madame Jardinier »

Christine Magro réunit durant son émission tous les amis de la nature et de l'environnement. " Et chaque dimanche, dit-ell, j'ai l'impression d'avoir un cours de philosophie."
© Yves Leresche

Plus de 250 000 auditeurs écoutent fidèlement l’émission de radio « Monsieur Jardinier » tous les dimanches matin. Un record d’audience pour un programme qui cartonne depuis bientôt quarante ans. Au micro, Christine Magro.
 

Vous imaginez Christine Magro un arrosoir à la main, soignant amoureusement ses massifs de fleurs et suivant à la lettre les conseils de son équipe de jardiniers ? Eh bien, pas du tout. « Madame Jardinier » ne jardine pas. C’est son compagnon Julian qui entretient le jardin à l’anglaise de leur villa située au pied du Jura. Dans la vie de tous les jours, il arrive que des personnes demandent à Christine des conseils sur la manière de faire pousser les plantes. « Je leur réponds que je n’ai pas de conseils à donner. Je ne suis pas un jardinier. Je me considère comme une passeuse de connaissances.» Citadine dans l’âme, Christine est pourtant de moins en moins sensible aux attraits de la vie urbaine : « J’aime la ville et j’aime m’y balader. Mais je supporte mal le harcèlement publicitaire à tous les coins de rue et le conformisme ambiant. Avec le temps, je me plais davantage à la campagne où nous habitons depuis treize ans. J’apprécie le calme, le paysage, le ciel étoilé. Et, quand je me réveille le matin au son des cloches des vaches, c’est comme si j’avais déjà fait mon yoga ! »

 

Première passion, la musique
La carrière de Christine Magro à la radio commence grâce à un job d’appoint. Alors étudiante en musicologie, pratiquant le chant et le piano, elle répond à une annonce de la Radio Suisse Romande qui cherche des animateurs possédant de bonnes connaissances musicales. Engagée à Espace2, elle commente des concerts, interviewe musiciens et chanteurs, présente une émission littéraire. Puis le directeur de la Radio, Gérald Sapey, lui demande d’animer occasionnellement Monsieur Jardinier.
« J’ai d’abord refusé, raconte-t-elle. Je suis un oiseau de nuit. Le soir, je chante dans des chœurs et je ne me voyais pas me lever à l’aube, le dimanche matin, pour parler des plantes, un sujet qui ne m’intéressait pas ! Mais on ne m’a pas donné le choix. Et, quand je suis arrivée à l’émission, j’ai été touchée par l’accueil des jardiniers qui m’ont prise sous leur aile, alors que je ne connaissais rien à leur domaine d’activité. J’ai découvert une ambiance extraordinaire faite de respect, d’écoute, de non-jugement et de partage. Ces jardiniers sont des sages. Leur monde est un monde rééquilibrant, où l’on ne se prend pas la tête avec des théories. Ce sont des techniciens très pointus, ils ont d’immenses connaissances, tout en restant dans le concret. »
En parallèle, Christine Magro anime sur la Première L’Histoire de la musique. Elle participe aussi, pendant dix ans, à des émissions de télévision, notamment Zig Zag Café, où elle assure au côté de Jean-Philippe Rapp une chronique sur la musique classique. « Je préfère la radio à la télévision, la voix à l’image. Mais l’expérience de la télévision m’est utile aujourd’hui, puisque nous présentons des vidéos sur le site de Monsieur Jardinier. »

 

Sensibilité à l’environnement
Depuis 1996, elle est productrice de l’émission qui réunit, tous les dimanches, les amis de la nature. L’équipe compte quinze jardiniers, dix-huit vétérinaires et quatre spécialistes (biologistes, géologue et pharmacien) qui font un tournus. Parfois, certaines personnes demandent à Christine Magro si elle n’est pas lassée d’aborder toujours les mêmes thèmes : « Pas du tout, répond-elle. La société bouge, la connaissance de la nature aussi. Je suis entrée dans l’émission par obligation, j’ai été séduite par l’aspect humain et fascinée par les connaissances. Chaque dimanche, j’ai l’impression d’avoir suivi un cours de philosophie. »
Il est vrai que, au fil des ans, l’émission a beaucoup évolué, parallèlement aux questions toujours plus lancinantes concernant la sauvegarde de l’environnement.« Depuis 2003, nous avons supprimé toute référence aux herbicides et aux pesticides. Tout ce qui est traitement chimique est banni de nos conseils. Les jardiniers sont très sensibles à cette problématique. Ils ont vu mourir autour d’eux des gens qui utilisaient des produits dangereux sans se protéger. On ne peut pas se permettre de recourir à des produits dont on connaît mal les effets. Avec la chimie, on commence par détruire les insectes. Si les abeilles disparaissaient, la pollinisation ne se ferait plus et les arbres ne porteraient plus de fruits. La terre n’est pas seulement le sol sur lequel on marche. C’est un système vivant. Si elle subit trop de traitements et qu’elle est trop tassée, les vers de terre sont éliminés, et la terre se meurt. En tant qu’êtres humains, nous n’avons plus le droit de ne penser qu’à nous. Nous devons penser « santé globale », « santé du vivant ». Reste à appliquer cette notion, car nous sommes toujours tiraillés entre notre confort, d’un côté, et notre conscience, de l’autre … »

 

Les surprises du direct
Les auditeurs peuvent poser leurs questions en direct à Monsieur Jardinier. Lorsqu’ils téléphonent, un jardinier leur répond et trie les questions qui passeront à l’antenne. Ensuite, le technicien rappelle l’auditeur dont la question a été sélectionnée et le met en contact avec Christine Magro. « Une anecdote qui me fait toujours rire, se souvient-elle, c’est lorsque le technicien m’informe qu’un auditeur, que nous appellerons M. Martin, est en ligne. Je dis : « Bonjour, Monsieur Martin » et j’entends : « Non, c’est sa femme. Mon mari est aux toilettes. » Puis elle crie, toujours à l’antenne, « Chéri, dépêche-toi, c’est la radio ! » C’est drôle. Cela veut aussi dire qu’il n’y a pas de barrière entre les auditeurs et l’émission. On fait un peu partie de leur famille, le dimanche matin. Une autre dame, à qui le jardinier a annoncé qu’elle passerait à l’antenne, s’est exclamée : « Ah non, je ne peux pas, je ne suis pas encore habillée ! »

 

Son jardin secret
Ayant commencé sa carrière dans les médias alors qu’elle était toute jeunette, Christine Magro est encore loin de prendre sa retraite. Est-ce que cette perspective l’effraie ? « Pas du tout. Si j’ai la santé, je continuerai de chanter. La musique classique, c’est mon monde depuis l’enfance. C’est lors de répétitions que j’ai rencontré mon compagnon Julian, qui chante, lui aussi. Nous essayons de toujours chanter dans les mêmes chœurs. A la retraite, je me vois très bien faire des voyages. J’adore aussi la lecture, je lis beaucoup. Et puis, il y a les animaux. Quand j’étais petite, je disais que j’irais soigner les lémuriens à Madagascar. Je me verrais assez faire « quelque chose » avec les animaux. Nous avons deux chats et nous servons de famille d’accueil à des chiens qui sont en attente de placement chez des nouveaux maîtres. »

 

Marlyse Tschui

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