Bobby Fischer, le fou des échecs

©DR

Il a inspiré les producteurs de la série Le jeu de la dame. Véritable génie, le champion américain a connu une ascension fulgurante avant de sombrer dans la paranoïa.

Le plus grand champion de l’histoire des échecs ? Peut-être. En tout cas, sa légende fait partie à jamais de l’histoire de ce sport cérébral. Sa chute fut aussi fulgurante que son ascension, le personnage sombrant peu à peu dans les affres du complotisme, de l’antichristianisme, de l’antiaméricanisme et de l’antisémitisme. La mère de Bobby Fischer était pourtant juive, comme le rappelle un édifiant roman graphique: Bobby Fischer, L’ascension et la chute d’un génie des échecs, qui vient de sortir de presse.

Pour en revenir au début de l’histoire, c’est le hasard qui fait que sa sœur ramène à la maison un jeu d’échecs. Bobby a alors 6 ans, on est en 1949 à Brooklyn et le petit garçon taciturne va se jeter avec passion sur cette nouveauté. Une passion dévorante pour ne pas dire obsessionnelle, ses résultats scolaires en pâtissent, mais, à 14 ans, il devient le plus jeune champion des Etats-Unis de tous les temps. « Il étudiait les échecs avec une ferveur religieuse », dira un biographe, Frank Brady. En cette période de guerre froide où les Soviétiques dominent sans concurrence la discipline, l’avènement d’un génie de l’échiquier va d’ailleurs prendre une dimension politique, le secrétaire d’Etat américain Kissinger, en personne, lui téléphonera pour lui prodiguer des encouragements. 

A raison de quatorze heures de pratique quotidienne, il devient grand maître une année plus tard, là encore le plus jeune de l’histoire. Mais il lui faudra attendre quatorze ans, avant que l’armada rouge accepte une confrontation et que lui ose sauter le pas. Par deux fois durant cette période, il refuse en effet de participer aux épreuves qualificatives. Mais, à 27 ans, il se lance enfin et écrase tout sur son passage avant d’affronter le tenant du titre, Boris Spassky. Fischer perd les deux premières parties avant de se mettre en branle. « Mais, quand il se met à jouer, Spassky, complètement déstabilisé par la tournure des événements, n’est plus qu’un ectoplasme face à un prodige irradiant la puissance de son talent », écrit le journal Le Monde. 

 

La face sombre de Fischer

Trois ans plus tard, il refuse toutefois de remettre son titre en jeu. Le grand public ne comprend pas. Les proches du génie, eux, savent que l’Américain flirte déjà avec la paranoïa et qu’il s’est engagé dans une secte, L’Eglise universelle de l’homme. Il réapparaît en 1992 en Serbie, alors que ce pays est sous embargo américain, et dispute là un match revanche contre Spassky dont tout le monde se moque. Surtout, il déverse son antisémitisme à tout bout de champ, se félicite des attentats du 11 Septembre 2001. Il évitera l’extradition vers les USA de peu, obtenant la nationalité islandaise in extremis. C’est là qu’il mourra, le 18 janvier 2008, des suites d’une insuffisance rénale, refusant l’aide de la médecinedont il se méfiait. Pas de quoi écorner une légende déjà bien fournie par des anecdotes incroyables.

Avant son décès, des grands maîtres affirmaient ainsi avoir été battus sur internet par un champion anonyme au style de Fischer. Et, considéré lui-même comme l’un des plus grands champions de tous les temps, l’ancien Soviétique devenu Croate, Gary Kasparov, n’en démord pas : « Fischer est le meilleur joueur du monde. »  

 

J.-M.R.

0 Commentaire

Pour commenter