ANNIVERSAIRE – Pas de retraite pour les schtroumpfs ! | generations-plus.ch

ANNIVERSAIRE – Pas de retraite pour les schtroumpfs !

Ils fêtent leurs 60 ans! Images © Peyo, Corinne Cuendet et VINCENZO PINTO

C’est en 1958 que les petits lutins bleus sont apparus pour la première fois dans le magazine Spirou. Ils sont vite devenus des vedettes dans le monde entier.

Tiens, voici une figurine dans la vitrine de ce kiosque. Oh, et encore deux autres lutins bleus dans le cabinet du dentiste, sans doute pour détendre petits et grands. Les schtroumpfs ! Ils sont partout, et depuis belle lurette. Dans les chambres d’enfants, à la télévision, sur grand écran et, évidemment, dans nos souvenirs de lecture ! Ils amusent les plus jeunes, font sourire les plus anciens. On a joué avec eux, on a lu leurs aventures et on a presque tous offert une figurine à un proche, un jour ou l’autre.

 

C’est que cela fait soixante ans maintenant qu’ils ont fait irruption dans le monde des humains. D’abord par la bande, puisqu’ils n’étaient que des personnages secondaires dans le neuvième album de Johan et Pirlouit, en 1958, baptisé initialement La flûte à six trous. Mais, au vu du succès rencontré par ces petits lutins auprès du public, apparus pourtant à la page 36 seulement, cette œuvre de Peyo a vite changé de nom pour devenir La flûte à six schtroumpfs.

Première apparition des schtroumpfs, en 1958.

 

D’où est venu le mot « schtroumpf » ? En fait, c’est lors d’un repas animé avec Franquin, le père génial de Gaston Lagaffe, que Peyo a eu un blanc lorsqu’il a demandé la salière et qu’il s’est contenté de dire : « Passe-moi la … le … le schtroumpf !»  Ce à quoi son vis-à-vis a répondu avec humour : « Quand tu auras fini de schtroumpfer, tu me le reschtroumpferas. »

 

Impressionnant !

Depuis, nos petits bonhommes bleus ont fait leur chemin. L’affreux sorcier Gargamel et son chat Azraël n’ont toujours pas réussi à croquer les adorables mangeurs de salsepareille. Au contraire. Quelques chiffres qui donnent le tournis. Leur nom est traduit dans près de 40 langues. Le 36e album vient de sortir : Les schtroumpfs et le dragon du lac et devrait être disponible comme les autres dans 90 pays (35 millions d’exemplaires vendus). Outre les livres de coloriage et les livres de jeux, les dessins animés qu’on peut voir sur la chaîne YouTube officielle des schtroumpfs, les trois films (2011, 2013 et 2017) ont rapporté plus d’un milliard de dollars. Ils sont aussi présents dans quatre parcs à thème à travers le monde. Et, au total, 700 partenaires développent des produits dérivés. De quoi impressionner même le grand schtroumpf du haut de ses 542 ans ! Allez, juste pour le plaisir, on vous dit encore que 100 millions de petites figurines ont déjà été vendues sur la planète !

 

Ça plane pour eux

Bref, pour reprendre la chanson de Plastic Bertrand, « ça plane pour eux », et la Belgique peut pavoiser, une fois de plus, au firmament de la bande dessinée. D’ailleurs, depuis peu, la compagnie aérienne Brussel Airlines a entièrement décoré un de ses avions avec les créatures de Peyo. Et, pour fêter dignement ce soixantième anniversaire, les schtroumpfs installeront leur village à Bruxelles dès le 9 juin*. Il s’agira, pour les visiteurs, d’une véritable plongée dans leur univers grâce à des décors plus grands que nature, des effets spectaculaires. Tout un chacun aura l’occasion de devenir un vrai schtroumpf via les nouvelles technologies, le tout en déambulant dans le village et la vaste forêt qui l’entoure. Décédé en 1992, Peyo doit être fier, là-haut, de ses petits schtroumpfs dont la destinée a été reprise par ses deux enfants. Respect ou, plutôt, schtroumpf alors !

Jean-Marc Rapaz

Images © Peyo, Corinne Cuendet et VINCENZO PINTO

*La schtroumpf expérience, dès le 9 juin à Bruxelles, www.smurfexperience.com

Les schtroumpfs et le dragon du lac, Editions Le Lombard


 

« J’ai eu la chance de dessiner des schtroumpfs ! »

Dessinateur suisse bien connu, notamment pour Yakari et Buddy Longway, Derib a commencé sa carrière chez Peyo, en participant notamment à l’album Le schtroumpfissime.   

 

Vous avez bien connu Peyo ?

En 1964, j’ai travaillé deux ans pour lui, à Bruxelles, j’ai même fêté mes 20 ans là-bas. A la base, je m’occupais des encrages et des décors. Peyo crayonnait les schtroumpfs. Cela dit, j’ai aussi dessiné quelques lutins secondaires en arrière-plan, mais le tout sous son contrôle, il était très professionnel.

 

Cela paraît simple de dessiner des schtroumpfs ?

Pas du tout. La moindre erreur d’un millimètre se remarque, dans un sourire, le nez, les joues. Avant de pouvoir dessiner les décors, je me suis entraîné pendant des semaines à faire des lignes d’herbes, de feuillages. 

 

Quelles étaient vos relations avec Peyo ?

On est devenus des amis, après mon départ de chez lui. On se voyait régulièrement pendant les salons, on allait manger ensemble.

 

Comment expliquez-vous l’incroyable succès de ces petits lutins bleus ?

Sans doute par l’inconscient collectif où le mythe du nain est resté très fort. On a tous eu des lectures avec des gnomes, des lutins, des trolls et des elfes. Et puis, il y a un dessin efficace et cette couleur bleue, immédiatement reconnaissable. En plus de la bande dessinée, il y a eu les dessins animés, les figurines, les chocolats, une véritable déferlante.

 

Le personnage que vous aimez le plus chez les schtroumpfs ?

Ils sont un peu tous pareils, mais disons le grand schtroumpf, avec sa barbe blanche, c’est le plus original, et il est intelligent.

Propos recueillis par J.-M.R.

Derib sort actuellement La patrouille, qui évoque évidemment La Patrouille des Glaciers, aux Editions As’Créations, et travaille sur le 40e Yakari. 


 

La fille de Peyo raconte l’épopée

Véronique Culliford

Fille de Peyo, Véronique Culliford gère l’empire et ses multiples produits dérivés, alors que son frère cosigne les scénarios des bandes dessinées. Elle raconte sa vie heureuse.

 

Comment vous vous êtes partagés les tâches avec votre frère ?

Tout naturellement. Mon frère aîné a gardé l’esprit mutin de mon père, à savoir l’envie de réaliser des livres pour enfants avec un clin d’œil pour les adultes. Moi, je m’occupe de tout le reste. Ma société I.M.P.S. SA est installée à Genval, au sud de Bruxelles, nous comptons une quarantaine d’employés.

 

Les schtroumpfs ont 60 ans tout comme vous. Jamais eu l’envie de tourner la page et de prendre votre retraite ?

La retrait e ? Ni pour eux ni pour moi ! Les schtroumpfs, c’est comme mes trois enfants, je n’en aurai jamais assez. C’est un réel bonheur de travailler dans cet univers depuis le début des années 1980 et tellement diversifié avec tous les produits dérivés, les albums, les films. On n’arrête pas de progresser, de s’adapter aux nouvelles technologies. Et franchement, ici, on travaille toujours dans la bonne humeur.

 

Pourtant, dès leur arrivée, les schtroumpfs se sont montrés envahissants ?

Très vite, mon père ne s’est plus consacré qu’à eux. Il y avait énormément de travail, notamment quand sont arrivés les dessins animés. Il n’avait plus le temps de dessiner, mais il voulait tout superviser, il était très perfectionniste. Ce n’est qu’une année avant sa mort qu’il a repris le flambeau en dessinant Le schtroumpf financier.

 

On imagine qu’il était suroccupé, comment était-il en famille ?

Il ne se fâchait jamais, il acceptait énormément de choses. Ma chambre de jeux était juste en dessus du studio où il travaillait et je peux vous dire qu’on faisait du bruit, mais il n’a jamais rien dit. Il est vrai aussi que c’était un artiste et qu’il travaillait décalé, souvent la nuit. Vraiment, j’ai eu beaucoup de chance de l’avoir comme père.

 

Peyo en famille

Réunion de famille en 1964 autour de la table à dessin. DR

 

 

Les schtroumpfs restaient-ils dehors ou sont-ils entrés dans votre logement ?

Il y en avait bien sûr à la maison. Et il m’arrive encore d’en ramener, ils sont tellement mignons.

 

Comment expliquez-vous le succès planétaire de ces petits lutins bleus ?   

Ils sont sympas. Et puis, il y a la couleur bleue, c’est ma mère qui coloriait les albums de mon père et c’est elle qui a choisi. Les histoires sont gentilles, transgénérationnelles, on n’y parle pas de politique, c’est un peu le monde merveilleux. 

 

Des BD, des figurines, des dessins animés et même des films. Quel est le chiffre d’affaires de votre société ?

Environ 12 millions d’euros.

 

Votre personnage préféré ?

La schtroumpfette évidemment. C’est la seule fille parmi les schtroumpfs, mais elle tient bien le coup, non ?

 

Certaines analyses, dont celle d’un auteur et enseignant en sciences politiques décrivent les schtroumpfs comme racistes, misogynes, voire communistes ?

Heureusement que mon père n’a pas pu voir ces critiques. Cela l’aurait rendu malheureux, il était très sensible et, lui, tout ce qu’il voulait, c’était faire rire et sourire. Et parler de politique est plutôt ridicule quand on pense qu’il ne savait jamais pour qui voter. Mais bon, on le sait, le succès appelle l’envie.

Propos recueillis par J.-M.R.

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