PORTE PLUME "Nous vous aimons de plus loin pour vous aimer plus longtemps"

Christine Salvadé, cheffe de de l'Office jurassein de la culture.@DR

OPERATION PORTE PLUME Chrsitine Salvadé, cheffe de la culture dans le canton du Jura, écrit aux aînés. 


L'opération spéciale Porte Plume est lancée. Pour rester solidaire et unis, générations vous invite à écrire à vos enfants, petits-enfants et à vos proches. Vos lettres seront publiées sur notre site et dans le magazine en signe de soutien et de solidarité, dans cette période particulière de pandémie. Ce courrier est paru dans le Quotidien jurassien, patrenaire de l'opération. Merci à tous ceux et toutes celles qui nous écrivent!


Porrentruy, avril 2020

A nos grands protégés,

Au commencement, il y a eu vos bras. Ceux qui nous ont tirés à la vie et posés tout fripés sur vos cœurs après le premier cri. Ceux qui nous ont bercés avec plus ou moins de patience durant ces nuits trop bruyantes.Ceux qui se sont largement écartés pour accueillir nos déséquilibres de petits trotteurs. Un peu plus tard, vos bras nous ont appris à flotter dans la mer des vacances d'été et vos jambes à glisser sur la neige de celles de février. Elles ont toujours été là, vos deux grandes mains pour nos deux petites, à chaque fois que nous avions besoin d'assurance ou de consolation.
Nous, à l'époque,nous avons tout fait pour nous en passer. Vivre sans rien devoir à vos mains, éviter qu'on nous voie au bout de vos bras pour traverser la route, voila ce que nous voulions, à tout prix, pour avoir l'air grand.

En réalité,on n'a jamais vraiment pu faire sans. Adolescents, il suffisait de l'excuse d'un chagrin pour qu'on en reprenne le chemin. Nous laissions volontiers vos bras accueillir nos faiblesses de jeunes adultes, pour autant que ce soit à l'abri des regards.
D'ailleurs plus tard, quand nous sommes nous aussi devenus des parents aux bras trop chargés, nous avons adoré vous redemander les vôtres. Qui ne se sont pas fait prier pour recommencer. À guider la cuillère. A jouer à «saute petite souris» sur le sentier. À tourner les pages de Babar, du livre d'histoire ou de l'encyclopédie illustrée.
Et voilà qu'aujourd'hui, nous vous refusons les nôtres. L' éloignement de nos corps est devenu une preuve d'affection. Nous aussi, vous savez, les bras nous en tombent. Hier encore, nos gestes de détachement auraient été jugés indignes. Lâcher les contmissions et s'enfuir en courant. Cacher notre bouche plutôt que vous sourire.
Vous abandonner dans une chambre d'hôpital, seuls avec l'incongrue touche de Facetime. Mais cette attitude à rebours de nos élans répond à la sagesse. Vous nous vouliez responsables, nous y voilà. Bien sûr, comme vous, nous guettons tous les soirs à la télé l''essoufflement libérateur de la courbe. Nous y croyons, autant qu'à notre amour. Nous vous aimons de plus loin pour vous aimer plus longtemps. Nous agissons à notre corps défendant pour sauver le vôtre. Croyez-y, vous aussi: vous reviendrez dans nos bras comme nous sommes toujours revenus dans les vôtres.

Christine Salvadé, cheffe de l' Office jurassien de la culture


COMMENT NOUS ÉCRIRE? 

  • Par écrit, à: Magazine générations, rue des Fontailles 16, 1007 Lausanne
  • En mail: contact@generations-plus.ch (objet: ma lettre)

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