OPERATION PORTE PLUME, « Les morts ne sont pas plus loin de nous que les vivants. Je voyage dans cette parole»

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L'opération spéciale Porte Plume est lancée. Pour rester solidaire et unis, générations vous invite à écrire à vos enfants, petits-enfants et à vos proches. Vos lettres seront publiées sur notre site et dans le magazine en signe de soutien et de solidarité, dans cette période particulière de pandémie. Merci à tous ceux et toutes celles qui nous écrivent!


 

Vendredi-Saint, 10 avril 2020

La lettre de Nicolle,

29ème jour de confinement

 

À mes chers Parents,

À Huguette, Lorenzo, Pilar, André, Édith, Lisette, Mireille, Jacqueline, Jeannie, Francine, Yvette, Ginette,

Comme l’a écrit Christian Bobin dans son ouvrage Pierre,

« Les morts ne sont pas plus loin de nous que les vivants.

Je voyage dans cette parole»

Chers Parents et chers amis disparus,

Accordez-moi votre soutien et votre indulgence si j’écris ce jour aux amis « vulnérables » de plus de 65 ans qui vivent sans ordinateur, sans internet, sans @mail et qui ne communiquent que par téléphone.


Chère D., (83 ans)

Impossible de te trouver chez toi ; tu ne répondais plus. J’ai pu atteindre un de tes amis qui m’a informée que tu avais été transférée il y a une dizaine de jours à l’unité des Blés à Belle-Idée.

Je te savais angoissée, victime de sentiments d’abandon, appréhendant la mort. Ton ami m’a dit que tu appréciais le personnel infirmier. Que leurs soins attentifs t’apportent soulagement et paix.

De tout cœur.

N.


Chère M., (84 ans)

Te voilà enfin bien installée dans ton nouvel appartement. Lors de ton dernier séjour aux HUG, tes amis se sont unis pour débarrasser ton ancien quatre pièces sans ascenseur, situé sur le site du CEVA. Ils ont entassé dans ce trois pièces lumineux

une partie de ces biens auxquels tu tenais tant. Malgré le soutien de tes amis fidèles, tu gères difficilement ce deuil de tout ce que tu as dû abandonner.

Hier, tu as trouvé devant ta porte trois magnifiques fleurs (des narcisses doubles ?) qu’une amie chère à ton cœur y avait déposées. Elle t’a avoué qu’elle les avait piquées dans un jardin de la ville. Quels rires bienvenus !

A nous écouter prochainement.

Affectueusement. N.


Chère ML, (89 ans)

Lors de ton dernier séjour à l’hôpital des Trois-Chêne, je n’ai malheureusement pas réussi à t’atteindre ; il n’y avait plus de correspondant à ton numéro. Grâce à la mère de ton filleul, je t’ai retrouvée dans un E.M.S. Vu l’urgence, on t’avait installée sans que tu puisses passer à ton appartement pour y récupérer ce que tu aimais, notamment une partie des tableaux que tu as peints tout au long de ton existence. On t’a apporté ta radio, deux fauteuils et une petite table ; le reste suivra à la fin de la pandémie.

Tu ne peux pas regarder la T.V., l’appareil étant placé trop haut pour toi qui es toute courbée en avant. Les architectes viennent de rénover cet établissement ; ils ne sauraient penser à tout ! Alors, ton seul plaisir est de suivre de ta fenêtre le cours de l’Arve et de voir la nature s’épanouir en ce printemps ensoleillé.

À un de ces prochains jours.

Bises. N.


Chère O., (89 ans)

Ce matin, tu étais inquiète. Comment va se dérouler à la clinique ce moment traumatisant de la piqûre dans ton œil ? Quel suivi le médecin peut-il te garantir ? Je sais que tu ne peux t’empêcher d’imaginer des scénarios nocifs et irréalistes. Il t’est difficile de faire confiance. Heureusement tu es soutenue par tes deux amis fidèles que tu as tant aidés dans leur jeune âge.

Je t’embrasse.

N.


Chère J., (90 ans)

Installée récemment à Colladon avec le soutien de ta sœur aînée, tu ne pouvais plus te débrouiller toute seule. Lors de mon dernier téléphone, tu m’as dit être peu bien.

Ce jour, j’apprends que tu as été transférée aux urgences des HUG, puis à la Clinique Beaulieu. Tu ne désires pas d’appel téléphonique pour l’instant. Ta sœur fera donc le lien avec tes amies.

Je suis triste pour toi.

N.


Chère Maria, (59 ans)

Fidèle depuis le 17 mai 2012 (jour de l’Ascension), vous nettoyez mon appartement, changez mon lit, lavez mes vitres, faites les courses. Lorsque vous avez un problème administratif, vous m’interrogez. Intelligente, vous parlez bien le français ; ainsi, vous me racontez le Portugal et moi, je vous narre la Suisse et mes voyages.

Le mercredi 18 mars, vous êtes allée avec votre mari et vos trois enfants adultes enterrer votre père au Portugal, un énorme traumatisme. Vous avez pu revenir en Suisse sans encombre le samedi.

Depuis le 25 mars, vous vous occupez deux fois par semaine de mes courses. Toutes vos autres patronnes vous ont laissé tomber. Ainsi, je suis la seule qui assure le salaire de vos heures habituelles.

Maria, vous m’êtes très précieuse. Merci à vous.

Votre N.S.

xxx

Nicolle SCHNEIDER

 

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  • Par écrit, à: Magazine générations, rue des Fontailles 16, 1007 Lausanne
  • En mail: contact@generations-plus.ch (objet: ma lettre)

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