L'Ordre divin: « Nous sommes une chaîne de femmes: il ne faut pas l’oublier »

Affiche du film à succès : L'ordre Divin @DR

Petra Volpe, 50 ans, est la scénariste et réalisatrice de L’ordre divin, sorti en 2017 sur les écrans romans. De New-York où elle vit désormais, elle revient sur la genèse de ce film sur le suffrage féminin suisse, grand succès du Box Office. 

Pourquoi avoir considéré la conquête du suffrage féminin comme un sujet de film ? 

La conquête du droit de vote des Suissesses est méconnue, en Suisse. Du moins l’était avant mon film. Sans doute parce que les Suisses ne sont pas fiers d’avoir tant tardé avant d’accorder le droit de vote et d’éligibilité aux femmes. Et, bien sûr, parce que on n’apprend pas l’histoire des femmes à l’école. 

 

Qu’est-ce qui a nourri votre scénario ? 

J’ai pu profiter des archives de la suffragette féministe suisse, Marthe Gosteli. Engagée dans le mouvement féministe dès 1940, et présidente de l’Association bernoise pour le suffrage féminin, elle a laissé beaucoup de documents sur l’histoire du mouvement des femmes en Suisse. J’ai même eu la chance de la rencontrer puisqu’elle est décédée l’année de la sortie de mon film. Elle était très impressionnante. 

 

D’où vient votre conscience féministe ? 

J’ai été élevée en Argovie, par une mère qui m’a répété de ne pas suivre son exemple : ne pas me marier trop jeune, ne pas devenir mère à 20 ans, ne pas me laisser enfermer dans le 
statut de femme au foyer. En clair, de faire quelque chose de ma vie ! Adolescente, 
aussi, j’ai mal supporté que mes frères soient moins réquisitionnés que moi pour des tâches domestiques. Plus tard, j’ai lu Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir et cela a été une révélation. Elle mettait des mots sur ce que j’avais perçu inconsciemment. 

 

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Avez-vous été surprise par le bon accueil de votre film en Suisse ? 

Cela a été une bonne et heureuse surprise ! L’ordre divin m’a fait rencontrer beaucoup de femmes qui, souvent, sont venues me remercier. Mais cette histoire d’une émancipation a du succès au niveau international aussi. Je l’ai écrite avec l’intention que le local et le spécifiquement suisse puisse entrer en résonance avec l’expérience humaine universelle. Et il est perçu ainsi. Je reçois des témoignages de femmes arabes, chinoises, américaines…c’est très émouvant.  

 

Pourquoi cette conquête du suffrage féminin s’est-elle heurtée à des résistances féminines ?  

Les femmes ne sont pas meilleures que les hommes ! A l’époque, certaines femmes éduquées bénéficiaient d’un statut social avantageux et bénéficiaient d’un pouvoir qu’elles n’avaient pas envie de partager. D’autres redoutaient d’affaiblir leur position dans leur famille en s’intéressant à la politique. 

Pourquoi cette conquête a-t-elle a été si coriace en Suisse ? 

Je crois que la Suisse est profondément conservatrice. L’église a exercé jusqu’à il n’y a pas longtemps une pression importante sur les mentalités. Or, les Suisses croyaient que Dieu avait assigné un rôle aux hommes et un rôle différent aux femmes. D’où le titre de mon film. 

Vous reconnaissez-vous dans le courant féministe actuel ? 

Le mouvement « #Me too » a été très important. Mais cela m’attriste que les jeunes femmes ne reconnaissent pas ce qu’elles doivent à celles qui les ont précédées. Nous sommes une chaîne de femmes, il ne faut pas l’oublier. 

Propos recueillis par Véronique Châtel 

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