L’éternel retour du jean patte d’eph’

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Plus charmeur et ludique que dans sa version originelle, plus du tout contestataire, le pantalon des hippies fait son retour. Pas la première fois depuis les années 70, mais une fois de plus sans les hommes.

Ouvrez l’œil et le bon: le pantalon emblématique de la contre-culture et de la mode hippie bat de nouveau le pavé. Ajusté jusqu’aux genoux, évasé jusqu’aux chevilles ou à mi-mollet, le jean patte d’eph’ retrouve, en ce moment chez nous, les faveurs d’un jeune public attentif à la mode, après avoir fait ses premières sorties remarquées en 2019, et déjà même en 2018, sur le compte Instagram de la star médiatique franco-suisse Nabilla. 

Comme à chacune de ses réapparitions, en un demi-siècle, sa déclinaison actuelle est toutefois, avant tout, l’apanage des filles. « Dans les années septante, rappelle Stéphane Bonvin, longtemps journaliste et consultant en mode, les pattes d’eph’ étaient également portés par des hommes affichant une virilité plus cool, moins conquérante. » 

De nos jours, force est de constater que rares sont les mecs à porter cet anti-pantalon militaire. Bien entendu, tout peut changer. En attendant, chez les filles, il vient fragiliser une décennie de règne quasi incontesté de jambe droite dans les garde-robes. En y regardant de plus près, le patte d’eph’ 2021 s’éloigne cependant du modèle prisé par les mères et grands-mères de celles qui le portent aujourd’hui : plus moulant, collant de près aux lignes du corps, tendu jusqu’au nombril, il galbe les cuisses et les hanches, en rupture avec le robuste denim « baggy », quasi organique, porté par Joan Baez au Festival de Woodstock. Il faut dire que, entre-temps, la tendance baba-cool s’est prise une veste, dans une société qui n’attache plus forcément de signification au vêtement. 

 

« Aujourd’hui, tous les styles sont possibles, ils cohabitent, sans cesse réactualisés, 
de manière gratuite, sans être rattachés à telle ou telle idéologie », observe 
Stéphane Bonvin.

 

De l’icône au supermarché des styles

Si les cinquante ans et plus ont toujours en tête des images iconiques du patte d’eph’ (voir Jane Birkin sur la pochette du concept-album Histoire de Melody Nelson), le jean flare, soit la dénomination actuelle du patte d’eph’ (coupe évasée mais pas démesurée), épouse désormais toutes les morphologies, affranchi des références aux pop stars d’antan. Sur les réseaux sociaux, les influenceuses de mode et autres fashionistas, déclinent ce style en de multiples variations : en coton, en satin, en velours, mini ou maxi, version yoga, chic ou street, le patte d’eph’ est de toutes les tenues, peu importe la saison ou le temps qu’il fait. 

 

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Quitte à entrer dans le détail, on signale au passage la coupe bootcut, qui fit fureur au début des années 2000, et qui représente une alternative subtile au flare : « Comme son cousin, ce jean est ajusté sur les cuisses et évasé à partir des genoux. Mais attention, l’évasé est bien moins large, relativisant du coup l’effet « pattes d’éléphant. » En résumé, le bootcut est bêtement une version un peu moins excessive que le flare avec, pour effet, d’allonger la silhouette et d’affiner les cuisses. Qu’on se le dise.

Ne cherchez pas à savoir (essayé, pas pu !) qui a décidé le grand retour du patte d’eph’, tant les modes se font et se défont aussi vite à l’ère de la « fast fashion » (mode rapide, jetable, basée sur l’hyperconsommation). Un clip, une vidéo sur Tik Tok (partage vidéo et réseautage) peut suffire à lancer un style. A l’affût, les multinationales de la fringue repèrent d’éventuelles tendances et lancent aussitôt un ballon d’essai en fabriquant 100 000 jeans patte d’eph’, par exemple. « Ce qui mettait un an à se mettre en place et à être produit ne prend désormais plus que quelques jours, explique Stéphane Bonvin. Il n’y a plus de mode en tant que telle, tout et son contraire cohabitent dans un vaste surpermarché des styles, et ça change très vite. »

 

Nicolas Verdan

 

 

 

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