Grand-parents pour le climat

© Yves Leresche

Une grand-mère et son petit-fils nouent le dialogue. Ioen, 9 ans, vit à Venthône (VS), un village à la vue panoramique sur Sierre et les Alpes toutes proches. Sa grand-maman maternelle se prénomme Béatrice. Retraitée, après une carrière d’infirmière et d’attachée de recherche clinique en oncologie au CHUV, mère de trois enfants et grand-mère de trois petits-enfants, elle est membre de l’association Grands-parents pour le climat.

Béatrice, qui vit à Morges (VD), a rejoint aujourd’hui Ioen. Dans la cuisine de la maison familiale de Venthône, tous les deux ont joué le jeu de l’interview sur cette relation particulière qui se noue entre eux autour du changement climatique.

 

Ioen et Béatrice, à quoi le mot climat fait-il référence pour vous ?

Ioen A la chaleur qui est dans l’air.

 

C’est un mot que tu connaissais avant que ta grand-mère ne t’en parle, elle qui fait justement partie des « Grands-parents pour le climat » ?

Ioen Oui. Béatrice En fait, Ioen, le climat c’est l’air qui nous entoure, c’est le temps qu’il fait. Il peut y avoir du soleil, de la pluie, il peut faire chaud, faire froid. Il peut y avoir de la neige et de la glace quand il fait froid. C’est l’atmosphère qui entoure la Terre. Actuellement, on parle beaucoup de climat, car il se dérègle. On a constaté des choses bizarres, cette année : pas mal de tempêtes, de gros orages et aussi de la sécheresse.

 

Ioen, tu as suivi les informations sur ces phénomènes climatiques, tels que les feux en Californie ?

Ioen Oui, avec aussi tous ces incendies au Portugal …Béatrice C’est vrai, il y a eu beaucoup d’incendies et d’orages violents. Chez nous, l’été fut superbe. On a pu aller à la piscine et au lac. Mais il n’a pas beaucoup plu. On a pu constater que le niveau d’eau de nos rivières et de nos lacs avait bien diminué. Durant l’automne, on a bénéficié d’un temps magnifique, mais de nouveau sans la moindre précipitation.

 

C’est quelque chose dont tu avais déjà parlé avec ta grand-maman, Ioen ?

Ioen Oui, on en avait déjà parlé ensemble. Et puis, je suis allé voir une exposition à Sion qui montre les risques naturels en montagne.

 

Béatrice, quand vous aviez 20 ans, auriez-vous pu imaginer être confrontée à une urgence climatique ?

Béatrice Non, je ne crois pas. Ma génération a eu beaucoup de chance. Nous étions bien sûr moins nombreux sur cette Terre. Même si je vivais dans une ville, nous étions vite dans la nature. On était à portée de la montagne, du lac. Il y avait de plus grandes surfaces d’espaces verts si je compare à l’environnement actuel, très bâti, dans lequel sont nés mes petits-enfants. Nos villages se construisent à toute vitesse. Je suis très choquée par l’énorme pression immobilière de notre canton.

 

Le fait de constater cette bétonnisation du territoire vous a motivée à adhérer aux Grands-parents pour le climat.

Béatrice Oui, entre autres, mais pas seulement. J’ai conscience d’importants changements d’ordre climatique. Nous sommes souvent dans le val Ferret (VS) où on voit les glaciers diminuer, chaque année un peu plus. C’est visible à l’œil nu. Les sentiers changent, le paysage est parfois marqué par des glissements de terrain. Quelquefois, la route est coupée. On remarque qu’il y a des phénomènes nouveaux qui nous font penser à un réchauffement climatique.

 

Sur la base des constats que vous faites, comment en parlez-vous à Ioen et à vos autres petits-enfants ? Sur le mode de l’alerte ou de la sensibilisation ?

Béatrice Pas sur le mode de l’alerte. On est obligé de choisir ses mots et de nuancer ses propos pour ne pas leur faire peur. Il ne faut pas qu’ils s’imaginent les pires horreurs et qu’ils fassent des cauchemars. En revanche, on peut les sensibiliser à des attitudes et des gestes positifs pour le climat.

 

Ioen, quand tu parles des dégâts causés par le changement climatique, tu ressens de la peur ?

Ioen Non, pas vraiment. Mais, des fois, j’imagine ce que serait une planète Terre où il n’y aurait plus assez d’eau et où il n’y aurait presque plus rien. Béatrice Ce serait comme un désert. Nous avons déjà des déserts sur la Terre, mais peu de gens y vivent, c’est trop compliqué. Ioen Moi, quand j’étais petit, j’ai vécu en Nouvelle-Zélande. On habitait dans une forêt, proche de l’océan. La nature était très belle.

 

 

Béatrice Tu te souviens d’où provenait l’eau courante ?

Ioen Derrière la maison. On avait une grosse citerne remplie d’eau de pluie. Une fois, il y a eu une période de sécheresse et on ne pouvait plus prendre de douches. On a dû acheter de l’eau qui était amenée par un camion.

 

Parlez-vous de ces questions climatiques à l’école ?

Ioen Pas souvent. Béatrice Cela m’étonne, d’ailleurs …Ioen Mais mon prof nous pose une question par jour. Et, parfois, c’est sur le climat …Béatrice Ah, quand même ! Tu sais que tu peux aussi proposer à ton prof de faire un exposé ou de discuter, en classe, du réchauffement climatique. Je suis certaine qu’il serait d’accord. Ces jours-ci, par exemple, on entend beaucoup parler de climat à la radio ou à la TV. Il y a une grande réunion de chefs d’Etat en Pologne qui disent qu’ils vont faire un maximum pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

 

Ce serait donc bien le rôle de GPclimat de faire ce travail de sensibilisation auprès des nouvelles générations …

Béatrice Oui, en effet, même si, jusqu’ici, nous avons plutôt sensibilisé les gens de notre génération. Mais nous préparons, au sein de notre groupe régional, un projet destiné aux enfants, où on aborde des informations sur tel ou tel aspect de la lutte pour la protection du climat et de l’environnement. Et il y aura certainement d’autres projets dans le futur. L’idée est de donner des conseils permettant aux petits-enfants d’agir à leur niveau. Ces petits gestes qui ont leur influence, tels qu’éteindre les lumières en quittant une pièce, arrêter l’eau durant un brossage de dents, économiser l’eau pendant la douche. Ioen Ici, à Venthône par exemple, nous allons à l’école à pied avec de petits groupes de copains.

 

Dans ta famille, la question de la nécessité d’avoir ou non une voiture se pose-t-elle, Ioen ?

Ioen Oui. On en a deux, car mes parents les utilisent pour travailler. Mais, quand ma maman doit nous amener au ski-club ou à la musique, on prend les copains du quartier et on fait en sorte de n’en utiliser qu’une. On marche à chaque fois qu’on peut et on fait aussi beaucoup de vélo. Béatrice On se pose aussi la question des déplacements en avion. Et là, on est d’accord pour se dire que, un jour, il faudra bien diminuer la fréquence de ce genre de voyages. Ioen Cet été, justement, avec mes parents, mon frère et des copains on a fait des vacances en vélo, avec un grand tour dans la région du Danube.

 

Béatrice, face aux nouvelles générations, vous vous sentez responsable du changement climatique ?

Béatrice Oui, pour mes petits-enfants et pour la jeunesse en général. Nous, on ne souffrira pas vraiment des effets du changement. Mais nos petits-enfants et les générations qui suivent seront directement concernés. Je pense qu’il est nécessaire d’agir. On constate que les gens ne sont pas toujours prêts à changer de mode de vie, ce n’est pas évident. On est prisonnier de nos habitudes et de notre confort. Mais je constate, avec plaisir, qu’il y a des jeunes qui s’interrogent sur les modes de transports, sur l’alimentation et qui entreprennent de faire les choses différemment.

 

Nicolas Verdan

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