X nuances de gris

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Au début d’octobre, avant que je ne me décide à rendre public mon amour récent pour le gris, cette couleur m’apparaissait comme gorgée de bleu du ciel, nourrie du brun et du roux de la terre et des racines prises dans les rochers. Bref, ce n’était pas encore le gris de novembre qui m’entoure aujourd’hui. Mon ode au gris, couleur que j’ai découverte et appris à aimer très progressivement, n’échappe plus, ces jours, aux feuilles tombées, piétinées, qui tachent le bitume ni aux nuages lourds de pluie qui plombent le lac loin devant mes fenêtres. Le gris météo de la fin de l’automne n’est pas aussi léger que celui de ses débuts.

N’empêche : je vois désormais avec plaisir du gris partout. Par exemple sur les cintres dans les boutiques où je m’aventure. Mon regard qui préférait ignorer ces teintes pour vieilles dames est aimanté, cette année, par le bien-être dans lequel j’imagine qu’elles vont me permettre de me lover. Le gris est devenu douillet. Sur les sentiers valaisans, j’aime longer les murets et franchir les pierriers et prête aussi davantage attention aux plantes desséchées dès la fin de l’été qui se nichent dans la rocaille. Leur gris à elles est tout fin, argenté, presque vaporeux.

Je ne me doutais pas que le goût en matière de couleurs pouvait pareillement évoluer avec l’âge. Que le turquoise qui m’a tant plu deviendrait presque criard, tout comme le rouge qui répond au beau nom d’andrinople. Les couleurs vives me fatiguent, vive la discrétion du gris. Comment n’ai-je pas compris plus tôt que les vieilles dames d’autrefois aimaient sans doute, elles aussi, les tenues colorées dans leur jeunesse ? La faute aux photos noir et blanc de mon enfance.

Heureusement, les années 2000 — et pas seulement la mode vestimentaire — aiment le gris. Prenez les architectes, ils ne jurent que par le béton moulé et les embrasures de fenêtres grises. Les immenses escaliers qui gravissent le nouveau Musée des Beaux-Arts de Lausanne célèbrent le gris, un gris clair, léger, un gris allié au blanc. Dans la nature comme en ville, les vieilles dames qui aiment le gris restent donc assorties au monde qui les entoure.

Isabelle Guisan, chroniqueuse

 

 

 

 

 

 

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