Une petite peur

Un cri assourdi me fait sursauter quand je m’arrête sur le sentier enneigé. Qu’est-ce donc, un oiseau en alerte qui passe d’une branche à l’autre, un promeneur invisible en détresse dans la pente ? Je me tourne, me retourne, rien, plus un son, personne. Peut-être n’était-ce qu’un produit de mon imagination ? J’ai vu le soir précédent le film Un monde plus grand qui décrit le parcours d’une Française dont les pouvoirs chamaniques se sont révélés en Mongolie. Mon cerveau me joue peut-être des tours… et puis il y a cette ouïe qui diminue, surtout du côté gauche, les aigus semblent ne plus être aussi audibles. Alors, est-ce que je commence à imaginer des sons qui n’existent qu’à l’intérieur de moi ?

Et, pourtant, j’entends les rares oiseaux qui chantent en ce début d’hiver à cette altitude, ceux qui lâchent un bref appel plutôt. De temps à autre, un son aigu sort du monde ouaté qui m’entoure. Je m’arrête, tends la tête, le cou, rassemble toute mon attention dans mes deux oreilles, au sommet de mon crâne, et oui, c’est bien un cui-cui, puis un autre qui percent le silence et me remplissent de joie. Rien à voir avec les aigus prolongés des scies et tronçonneuses qui, trop souvent, insistent encore et encore.

Un nouveau cri, plus proche et audible, un nouveau froissement dans l’air sur ma gauche. On dirait des sons humains, mais je ne vois toujours personne alentour. Un autre… Je me détends en identifiant clairement cette fois un rire, un rire d’enfant qui joue. Ce rire me rassure, sans doute une famille s’est-elle arrêtée dans la neige près des quelques granges blotties sur la pente, un peu plus haut.

Quand mon corps va-t-il exiger de mieux entendre, quand est-ce que tendre le cou et les oreilles ne suffira plus pour percevoir jusqu’au bout les phrases prononcées à l’autre extrémité de la salle ? Ai-je jamais fait partie des personnes qui entendaient parfaitement bien ? J’en doute et j’hésite… L’audiomètre que je privilégie pour l’instant, ce sont les brèves stridences des appels d’oiseaux en hiver dans la montagne.

 

Isabelle Guisan, chroniqueuse

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