Un slow, vite !

©Jay Louvion/DR

A cœur joie, la chronique de Martina Chyba

C’est rigolo, à 20 ans, on sort en boîte de nuit, à 30 ans, on travaille dans une boîte, à 60 ans, on reçoit des boîtes de chocolats et, à 80 ans, on finit dans la boîte. Bon ok, ce n’est pas rigolo. Je pensais à ça, car je parlais, l’autre jour, avec mes enfants adultes de leurs sorties en discothèque. Et je me suis aperçue que, à part le plein emploi, il y a une autre chose importante qu’ils n’ont jamais connue : le slow.

Oui, on parle bien de ce moment merveilleux où la lumière s’éteint et qu’il ne reste plus que la boule à facettes. Ce moment merveilleux où la musique boum boum fait place à une chanson langoureuse. Ce moment merveilleux où on se love dans les bras d’un mec qu’on ne connaît pas forcément et qu’on ne reverra peut-être jamais. 

Le slow time, c’était « faire à la verticale ce qui se fait normalement à l’horizontale », comme nous l’affirmions si intelligemment du haut de nos 15 ans, sans rien connaître, bien sûr. En fait, il s’agissait de pré... préliminaires. Nous découvrions en douceur à quoi pouvait ressembler le désir. Ou pas. Les couples se formaient, se reniflaient (et des fois ça sentait bien la transpiration, mon Dieu quels souvenirs !), se touchaient, se frôlaient, se frottaient. On posait la tête sur l’épaule quand cela nous plaisait, on attendait ou on redoutait la main qui remontait le long de la nuque ou descendait le long des fesses. C’était aussi le rude apprentissage des râteaux.

Avec ma copine, on faisait des paris idiots. « Allez, le troisième qui vient t’inviter, tu es obligée de l’accepter. » Et si la chanson était Purple Rain de Prince, qui durait sept minutes, cela pouvait être très, très long. Ensuite, il y avait le debriefing, qui pouvait également être très, très long.

 

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Les grands slows étaient mythiques et prestigieux; quelle personne de notre âge a oublié Still loving you de Scorpions ? A l’époque, on disait en riant : « Si tu n’arrives pas à mettre la langue sur cette chanson, tu n’y arriveras jamais. » Eh bien voilà, nos enfants n’auront jamais connu cette insouciante école de la vie. Ils trouveraient ça incongru, cette promiscuité, alors qu’ils ont tous vu du porno à 12 ans. Aujourd’hui, pour danser un slow, il faudrait sans doute faire signer un consentement : « Est-ce que j’ai le droit de poser ma main sur ta hanche, s’il te plaît ? » 

L’époque a changé, mais je ne peux m’empêcher de penser que, dans cette période où l’on prône sans arrêt la décroissance, le ralentissement, la slow food, la slow fashion, le slow sex, le slow tourisme et même le slow management, il faudrait, à toute vitesse, réhabiliter le slow tout court.

 

Martina Chyba

 

 

 

1 Commentaire

Pour commenter

J'aimerais réagir à cet article sur les slows. J'ai 66 ans et c'est dire si bien connu cette magnifique période. Je regrette ces moments, par pour moi mais pour les jeunes. Apparemment ils trouvent cela ringard mais tout est dit dans l'article, des moments magiques. Très beau compte-rendu.