Un jour je vais mourir

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Au retour d’un séjour sur une petite île dans le golfe du Mexique, où j’aime passionnément observer le vol de pélicans, d’aigrettes blanches, de goélands et de toutes sortes d’oiseaux qui planent au-dessus de la mer, j’expliquais naïvement à mon petit-fils que j’avais demandé à un balbuzard pêcheur, qui fendait le ciel au-dessus de moi, ses ailes superbement déployées, d’emporter mon âme quand je serai morte. Il me semblait que c’était une jolie image pour évoquer la mort. Or, cette phrase a profondément choqué et effrayé mon petit-fils de 16 ans, m’a expliqué sa mère qui l’a vu tout bouleversé et a dû le consoler. A une époque où on passe la mort sous silence comme si elle n’existait pas, l’évoquer a quelque chose de perturbant, voire d’indécent, je l’ai bien compris et je suis vraiment navrée de ce que j’ai dit. Sur le moment, je n’ai pas réalisé que, envisager la perte d’un être qu’on aime bien, c’est effrayant pour un enfant. Mais, évoquer sa propre mort, n’est-ce pas dire en substance : « Un jour je vais mourir, mais pour l’instant, tu le vois, je suis bien en vie, j’ai envie de faire encore beaucoup de choses avec toi, j’ai toujours terriblement envie de partager avec toi ce que j’aime, ce qui me motive, par exemple la protection de la nature pour laquelle tu t’es activement engagé, ce dont je suis si fière. Continue de protéger notre environnement, je suis de tout cœur avec toi. Et j’essaie aussi de faire ma part. Je me réjouis de voir des abeilles dans les arbres du jardin alors qu’on parle de leur disparition, de surprendre parfois un hérisson qui a choisi d’habiter non loin d’ici et d’entendre tôt le matin les moineaux qui s’en donnent à cœur joie dans les arbres fruitiers et picorent dans l’herbe sans pesticides qui s’étale avec ses pâquerettes et ses fleurs de dent-de-lion devant la maison. »

 

Nicole Métral

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