Trous de mémoire

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Tu te souviens quand on était à Athènes », me dit ma fille, alors qu’on évoquait des vacances passées ensemble quand elle était adolescente. « Athènes ? Mais je n’y suis jamais allée ! » « Tu ne t’en remémores pas, maman ? » me dit-elle interloquée. Rien à faire, j’ai beau essayer de farfouiller dans mes souvenirs de voyages, qui furent nombreux au cours de ma vie professionnelle et personnelle, j’ai un trou de mémoire. Cela m’arrive souvent, ces derniers temps. Je ne me rappelle plus le repas que j’ai concocté la veille ou le nom d’un acteur, alors que je me souviens très bien de son visage, des films dans lesquels il a joué, mais, décidément, son nom m’échappe. Une heure plus tard, au cours d’une balade tandis que je n’y pense plus, je me souviens de son nom d’un seul coup. Dans la file d’attente à la caisse d’un supermarché, un homme à barbe blanche me salue. Je reconnais son sourire, me reviennent aussitôt des souvenirs du cours de théâtre que nous fréquentions à l’aube de nos 20 ans. Il est comédien, je l’ai revu quelquefois sur scène ou au cinéma, j’ai son nom sur le bout de la langue, mais il ne me revient tout de même pas. Je m’enhardis à le lui demander, quitte à passer pour une … vieille chnoque. C’est vrai, ma bibliothèque de souvenirs est un peu trop fournie et je m’y perds parfois. Mais certains souvenirs liés à mon enfance ou à un moment fort de ma vie, ceux-là, je ne les oublie pas. Je me revois, par exemple, dans le bureau de mon grand-père, quand je devais avoir 

6 ou 7 ans, et qu’il me tendait gentiment un mouchoir et cherchait à me consoler, moi en larmes. Je l’entends encore me dire que tout allait s’arranger. Il paraît qu’être conscient de ses trous de mémoire est le signe qu’il ne s’agit pas d’une pathologie grave. Juste un trop plein de souvenirs auxquels s’ajoutent des émotions fortes qu’on a voulu oublier. Et qui nous reviennent tout à coup en pleine figure.

 

Nicole Métral

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