Tout, vous saurez tout sur le sexfie

©RTS/Jay Louvion

A cœur joie, la chronique par Martina Chyba

Un dîner avec gens de notre âge. Après les lamentations de rigueur sur le Covid, les conflits de générations au boulot et la baisse du taux de conversion de la caisse de pension, nous passons au sujet qui va tenir le reste de la soirée : le couple.

 

Constatation amusante, nous sommes tous passés par la case sites de rencontres à un moment donné. Alors, on parlait de combien de temps il faut discuter en ligne avant la rencontre décisive, du fait qu’il ne faut jamais aller chez le mec ou la nana la première fois (je l’ai fait deux fois en laissant l’adresse du gars à ma meilleure copine avec le message suivant : « Si je ne reviens pas et que je me fais découper en rondelles, c’est là qu’il faut aller chercher les rondelles, si jamais »). Et soudain, l’un des convives assène : « En tout cas, il ne faut jamais envoyer de sexfie. »

 

« Un quoi ? » « Ben, un sexfie. Comme un selfie, mais avec ta… » Oui, oui, c’est bon, maintenant, j’ai compris.

 

Donc juste qu’on soit bien d’accord sur la définition, on parle de prendre un selfie, mais pas de son visage, d’une partie plus intime de son corps, nu bien sûr, sinon ce n’est pas rigolo. Et de l’envoyer à la personne avec qui on vit ou/et on couche, ou à quelqu’un avec qui on aimerait faire ça. C’est différent de la « sextape » qui, elle, est une vidéo que l’on prend en pleins ébats. Problème de ces images, ce sont des grenades dégoupillées au moment où la relation tourne mal, ce qui arrive quand même assez souvent. Car elles peuvent servir à ce que l’on appelle du « revenge porn », une pratique charmante consistant à envoyer ces images à d’autres personnes, par exemple des collègues de travail ou à tout le carnet d’adresses pour ne pas faire de jaloux. 

 

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Ma voisine de gauche roule des regards horrifiés : « Ah non, ça jamais et, de toute façon, je ne me vois pas prendre une photo de mon… euh, de ma… euh, de mes… » Et tout le monde opine vigoureusement du chef, en pensant que, de toute façon, à notre âge, c’est tout juste si on s’autorise encore à avoir une sexualité sobre et discrète, alors c’est pas pour balancer des images de nos organes vieillissants sur le cloud. (Même s’il doit en avoir vu d’autres, le cloud.)

Eh bien, moi, je me marre. Et pourquoi pas ? Pas avec le premier mec mort de faim croisé, bien sûr. Mais avec son amoureux qu’on aime ? Sur un smartphone, il y a des effets, noir-blanc, flous (très utiles !), recadrage, ça peut faire de jolies choses. Et si le truc tourne mal dans quelque temps ? Eh bien tant pis, un « revenge porn » de retraités, ce sera furieusement moderne.

Martina Chyba

 

 

 

 

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