Sortie de crise: et après ? 

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L'EDITO du mois de juin, magazine générations

Les autorités ne sont désormais plus les seules à le scander : la sortie de crise est en train de devenir une réalité — hélas, sous nos latitudes seulement. Les vaccinations s’accélèrent, le taux de mortalité et d’hospitalisations baisse, la société meurtrie commence seulement à se panser. Comme le fond d’une mer que le tourbillon incessant de débris a rendu opaque, le voici peu à peu rendu au regard, sous les rais de lumière de l’été qui arrive enfin. 

Les plus tristes, les plus cyniques aussi, pleurent déjà la reprise de ce monde, le monde d'avant : la finance, la vitesse, le consumérisme, l’individualisme, l’égocentrisme, tous ces « -ismes » qui maltraitent et maltraiteront encore la planète qu’on rêvait pourtant, il y a quelques mois encore, revitalisée avec plus de justice et d’écologie. Ils n’ont pas totalement tort, les pessimistes. Mais ils oublient peut-être un peu vite — pris au piège de l’impatience, là aussi — l’effet retard que la déflagration du coronavirus devra avoir à terme sur chacun : l’émergence du doute, de ce fameux principe d’incertitude qui s’est invité dans chacune de nos consciences, touchée par la pandémie et ses morts. Et si on n’avait pas tout juste ?

Oui, et si, en fin de compte, nos sociétés n’avaient pas fait les bons choix ? Et si ma santé n’était pas si infaillible ? Et si notre système économique n’était pas si parfait ? Et si, en fin de compte, on ne devrait pas, de nouveau, penser un peu plus les uns aux autres ?

« Les plus tristes, les plus cyniques 
aussi, pleurent déjà la reprise de ce monde, 
le monde d’avant »

On l’a vu, au fil des mois, la solidarité avec les plus pauvres, les plus vieux, les plus jeunes ou les plus oubliés a eu quelques vertus qu’on se félicite encore d’avoir vécue. De même, avec cette pandémie, on s’est rendu compte qu’un mort à l’autre bout de la terre, en Chine, cet empire qu’on ne voyait qu’à la télé, pouvait avoir un effet sur un pays situé à quelques milliers de kilomètres, c’est-à-dire nous. 

Alors, bien sûr, on le répète, ce lendemain qui chante ne viendra pas d’un coup. Mais ce doute qui s’est insinué en chacun de nous, au pire en perdant des proches, au mieux dans la contrainte quotidienne des gestes barrières, devra rester au fond de nos consciences comme un rappel à l’ordre permanent. Si nous voulons que la prochaine crise soit moins violente, si nous voulons vivre une communauté heureuse, et donc un monde plus solidaire, il faudra creuser le sillon en ne cessant de s’interroger, de se questionner et de se remettre en cause dans nos gestes les plus quotidiens. C’est la seule voie pour fonder le monde d’après.

 

Blaise Willa,
directeur de publication et 
rédacteur en che

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