Rosette Poletti, cette institution

Rosette Poletti et sa petite-fille de cœur, qu’elle a vu naître, avec qui elle vit et qu’elle accompagne à l’école le matin. © Sandra Culand

L'éditorial du magazine générations du mois d'octobre 2022.

Regardez bien son œil: il dit beaucoup de Rosette Poletti. Un mélange de détermination, d’attention — presque de bienveillance, si on ose encore ce mot — et ce rien de retenue, si vaudois, si précieux aussi quand il s’agit de débusquer la vérité enfouie en chacun. 

Rosette Poletti, infirmière, prof, psy, chargée de cours, directrice d’école infirmière et infatigable chroniqueuse de l’ethos romand, fait donc la couverture de notre magazine. A l’heure de la grande consolation qu’intiment les temps actuels et de l’imminence du mois de novembre, rituellement dédié aux morts, Rosette la pudique s’ouvre et apparaît ici dans toute sa vérité: combattante, aventurière, opiniâtre et talentueuse.

Combattante et aventurière, car dès le plus jeune âge, elle a dû affronter l’angoisse des fins de mois difficiles, avant de décider qu’elle lutterait pour les autres, sans exception. Elle s’est engagée politiquement — le sait-on? — pour les luttes antiracistes aux Etats-Unis et a milité pour les Afro-Américains de Harlem. Elle a dénoncé l’inégalité des salaires et la misère des professions soignantes. Elle a tout fait pour les infirmières et aujourd’hui pour les proches-aidants. La liste est longue, les courriers qui lui sont adressés aussi. Dernier épisode en date, joyeux, l’accueil, dans son appartement, d’une famille tibétaine. Sa famille, ses enfants «de cœur», comme elle dit.

Opiniâtre et talentueuse justement parce que tout ça: la bienveillance qu’on lui accorde volontiers, parfois même avec dédain, ne vient pas de nulle part mais de son engagement, ferme et entier, de sa générosité aussi. Rosette Poletti a pris des risques et ces risques l’ont fait grandir. Ne pas détourner les yeux, dit-elle. Souvenons-nous en. Mais souvenons-nous aussi que ce pays a de la peine à célébrer les têtes qui dépassent, et souvent, hélas, les femmes et les femmes de 80 ans.

Alors un mot, chère Rosette, un mot simple que vous connaissez bien tant on vous l’a dit: MERCI. A 84 ans — que vous fêtez sous peu — vous êtes bel et bien devenue une figure incontournable de Suisse romande, qui, en passant, met une claque légitime à tous les suppôts de l’âgisme ambiant.

>> Lire notre entretien complet avec Rosette Poletti

Blaise Willa,
directeur de publication et rédacteur en chef

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