Resto, libido, bobos

©RTS/Jay Louvion

A cœur joie, la chronique de Martina Chyba

Il y a une explosion des divorces à la soixantaine. C’est l’effet : « Je vois la retraite arriver et je me dis que  nous deux jusqu’à l’EMS, ça va pas le faire. » Donc, de nombreux seniors sont désormais célibataires. Retrouver quelqu’un et se remettre en couple n’est pas chose aisée à nos âges. Et, « quand vous avez choppé quelqu’un », comme on dit, c’est le début d’une aventure dont il faut bien mesurer toutes les implications.

Lorsque vous êtes jeune, vous vous demandez si la personne est un bon coup, puis un bon mari (ou une femme, vous pouvez évidemment mettre tout le texte au féminin), un bon père et toutes ces choses basiques sur lesquelles vous allez construire une famille. Lorsque vous rencontrez un mec à plus de 50 ans, et que, par le plus grand des hasards, il n’est pas marié, pas uniquement à la recherche d’un plan cul, pas un cas social, qu’il vous plaît, que ses enfants sont majeurs et vaccinés (expression qui n’a jamais été plus vraie !), il faut juste vous poser une dernière question : « Est-il en bon état ? » Parce que, après les épisodes expo, resto, libido, dodo, il y aura des épisodes bobos. C’est mathématique, vous avez plus de 100 ans à vous deux. Et ce sera nettement moins romantique. Personnellement, je ne raconte pas mes frottis et mammographies à mon amoureux et lui ne me détaille pas ses TR (ceux qui en ont déjà eu sauront ce que c’est, si jamais c’est en rapport avec la prostate). Mais il y a fatalement des moments où on se retrouve ensemble confrontés à des images qu'on n’a pas envie de garder dans sa tête. C’est une fille qui vient de partager une coloscopie avec son chéri qui vous le dit. Et qui va s’en taper une, elle aussi, dans trois semaines. 

 

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C’est un peu comme la première nuit, une sorte de test. Faire le régime sans fibres, aller chercher le produit laxatif, boire les litres d’eau, ricaner sur le fait que l’heure des couches pour adultes est peut-être arrivée, regarder sur internet ce qu’est un « polype », voir une image dégueu et avoir peur que ce soit un cancer. Je vous épargne les détails. « On nage en pleine poésie », on s’est dit et on a réussi à en rire. Tant mieux, car, comme on se l’est dit aussi : « Ce n’est que le début. » Peut-être qu’un jour je porterai sa bouteille à oxygène et lui me poussera dans ma chaise. Ou l’inverse. La vraie preuve d’amour c’est d’accompagner. Même s’il s’agit de passer la nuit aux toilettes plutôt que dans le lit à baldaquin d’un hôtel de charme.

 

Martina Chyba

 

 

 

 

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