Poker blues

@DR

Allo ? la chronique par Marlyse Tschui

Le poker, j’adore. Ah ! le poker… Vous savez, ce jeu à la réputation sulfureuse qui se pratique dans des lieux glauques, où des accros perdent jusqu’à leur dernière chemise… quand ils ne se font pas trucider à cause d’une dette de jeu ? Des scènes de films ont paré le poker d’une aura diabolique qui semble bien difficile à dissiper. Pendant des années, les autorités suisses ont bloqué l’accès à tous les sites de poker en ligne. Une décision prise officiellement pour protéger les joueurs, mais qui visait, en réalité, à éviter que leur argent ne migre vers des entreprises étrangères. Comme c’est le cas au jeu de bridge ou de jass, l’issue des tournois de poker ne dépend pas des algorithmes d’une machine, mais des compétences et de la stratégie des joueurs.

 

Voilà pourquoi l’interdiction du poker sur internet faisait enrager les amateurs de ce jeu. Je devrais me réjouir : depuis le mois de décembre, un site helvétique de jeux online m’offre enfin la possibilité de me défouler sur un tapis vert virtuel. Sauf que rien ne vaut l’ambiance à la fois feutrée et électrique d’un vrai tournoi avec des joueurs en chair et en os. Là encore, je devrais me réjouir : le succès phénoménal du Texas Hold’em, la variante la plus populaire de ce jeu prisé par des dizaines de milliers de personnes en Suisse, a fini par convaincre les autorités de lâcher du lest.

 

Depuis le 1er janvier, la pratique du poker est officiellement autorisée en Suisse romande, à certaines conditions. Les organisateurs de tournois, par exemple, ont le devoir d’éviter d’éventuels troubles à l’ordre public. Hilarant, car il n’y a pas plus calme qu’un tournoi de poker. Ce serait drôle si ça ne me fichait pas le blues. La faute au coronavirus. Vu mon âge canonique, je courrais un risque mortel en m’asseyant à une table de poker où les joueurs sont jeunes et serrés comme des sardines, où cartes et jetons ne cessent de passer de main en main. Alors, devant mon ordinateur qui ne m’offre qu’un succédané de plaisir, je trépigne d’impatience en attendant… d’être vaccinée ! 

 

Marlyse Tschui

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