Nouveau vocabulaire sexy

©RTS/Jay Louvion

A cœur joie, la chronique par Martina Chyba

Vous êtes comme moi : un vieux. Je n’ajoute pas « con » parce que ce n’est pas joli et qu’on peut être vieux sans être con. Enfin, je crois. J’espère. Et je ne vous le mets pas au féminin parce que c’est encore moins joli. Mais on se comprend parce qu’on nous le répète cinquante fois par jour : l’époque a changé. 

Par exemple, on revisite le vocabulaire pour être le plus inclusif et le moins offensant possible. Dans certaines maternités anglo-saxonnes, on ne parle plus de « femmes enceintes » pour ne pas exclure les personnes transgenres, on parle de « personnes enceintes », de « personnes nourrissant avec le torse », de « personnes portant un utérus » ou encore de « personne qui menstrue ». C’est très sérieux, le Parlement anglais a dû se prononcer récemment, et a décidé que l’on avait toujours le droit de dire « mère enceinte » ou « femme enceinte ». 

Mais je me demande : « Je suis quoi moi, à 56 ans, si je ne suis pas une femme ? Une personne avec un utérus qui a menstrué et qui ne menstrue plus ? Super ! C’est classe d’être réduite à ses organes reproducteurs. Exactement, ce dont tous les mouvements féministes ne voulaient plus. » 

 

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Et penchons-nous (je sais c’est difficile de se pencher sans que cela fasse mal aux articulations, mais essayons quand même) sur notre sexualité qui, comme chacun le sait, est très vivante après 50 ans, malgré les douleurs aux articulations susmentionnées. Du coup, comment fait-on avec les mots doux et les mots crus au lit ? Mmmmh ? Mon amoureux va me dire quoi ? « Je t’aime, tu es la personne avec un utérus de ma vie ? » Et je ne peux même pas lui répondre : « Moi aussi, mon poussin, mon nounours ou mon lapin. » Car ce n’est pas respectueux envers les animaux. Pour être vraiment correcte, en 2021, je devrais lui dire :

« Je t’aime mon vieux mâle blanc, même si tu as opprimé les femmes pendant 2000 ans et d’ailleurs j’espère que tu te culpabilises pour ça. »

Pour une étreinte passionnée, ça part moyen. Même avec toute la boîte de Viagra, ce sera difficile. Mais admettons que la chose ait lieu quand même. Pardon pour la vulgarité, mais on ne peut plus être salope, car c’est sexiste, on ne peut plus être cochonne, car ce n’est pas gentil pour les cochons et, si on rajoute l’adjectif « grosse » quelque part, c’est grossophobe. Et je ne peux même pas lui dire qu’il fait l’amour « comme un dieu », vous voyez les milliards de gens que cela risque d’indisposer.

Je ne sais pas si le XXIe siècle sera spirituel, mais il risque de ne pas être très rigolo. Alors, il y a une méthode qui marche pas mal : on fait exactement ce qu’on veut et comme on veut.

 #pasderetraitepourlesexe

 

Martina Chyba

 

 

 

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