Mon coussin à moi

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Corps et âme, la chronique d'Isabelle Guisan.

Elle m’a titillée, cette invitation de Pro Senectute Fribourg à venir découvrir dans sa boutique d’aides technologiques… un coussin. Un compagnon oblong, dodu mais léger, à tenir fermement sans le serrer trop fort. En fait, une tablette masquée sous une housse où de grosses touches imprimées doivent permettre aux plus âgés d’entre nous — disons aux moins agiles — de cultiver un rapport amicalement sensoriel à l’univers virtuel

On connaît la chanson, le Covid a développé les échanges à distance, notamment avec nos proches, ce paradoxe nous est désormais familier. Mais le coussin magique guide vers d’autres plaisirs et services aussi, jeux, musique préférée, émissions de télévision. L’idée n’est évidemment pas de parquer des vieillards avides d’attention devant un écran ! Oh non, bien sûr, les inventeurs du coussin lèvent les yeux au ciel, rien à voir avec les jeunes parents qui scotchent leurs gamins devant un film téléchargé sur smartphone pour s’accorder une soirée tranquille. Et dans un EMS, une animatrice sera là, c’est promis, pour familiariser le résident avec son coussin. 

Alors, c’est vrai, pourquoi ne pas saluer l’avènement de ce gadget, un de plus dans la panoplie des prothèses connectées qu’on propose comme autant de cadeaux de Noël dans l’accompagnement de la personne âgée. Peu importe qu’il fasse surtout plaisir au geek qui l’invente s’il se révèle vraiment utile au quotidien. Mais… est-ce qu’il nous tente ? Après le robot distributeur de médicaments, le coach de gym ou l’« animal de compagnie », vous vous imaginez avec un coussin connecté sur les genoux ? Sur le lit de votre maman dans un EMS ? 

Je me projette… dans ma chambre, un peu beaucoup énormément désorientée, seule avec mon petit coussin. Je le touche, le serre, le regarde d’un œil vague et puis je pèse, un peu au hasard, sur une des grosses touches en espérant que c’est la bonne. Celle qui va clignoter « Venez, j’ai besoin de contact ». A ce moment-là de mon existence, un peu beaucoup énormément désorientée, j’aurai envie, j’aurai besoin encore plus qu’aujourd’hui qu’apparaisse quelqu’un qui s’assied là, tout près de moi, et me prête attention.

 

Isabelle Guisan

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