Merci pour vos coups de gueule !

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L'EDITO du mois de juillet-août, magazine générations

Vous avez été nombreux, ces dernières semaines, à nous écrire. Vos coups de gueule, bien sûr, contre des conditions de confinement qui vous ont souvent blessés, contre l’âgisme dont vous vous êtes sentis victimes à juste titre, contre les mots parfois malheureux ou crus de nos politiques à propos des personnes âgées.

Mais quelque chose a bougé : aux besoins de s’exprimer ou de se plaindre, bien compréhensibles, se sont succédé des envies de mobilisation et de harangue. Certes naissantes, oui, mais des envies qui nous ont convaincus que l’ère post-
Covid n’allait pas rester sans suite pour les personnes âgées de ce pays. Avec ou sans deuxième vague.

Car que s’est-il passé ? La Suisse, comme d’autres nations, s’est soudain souvenue qu’elle comptait plusieurs centaines de milliers de personnes âgées sur son ter-ritoire. Que ces dernières, ô surprise, étaient souvent des grands-parents qui s’occupaient bénévolement de leurs petits-enfants et que, sans eux et leur force d’engagement, l’économie nationale risquait de sombrer. Peut-être s’est-elle aussi souvenue que les personnes âgées n’étaient pas tous des grands-parents — on nous l’a écrit — et qu’elles avaient besoin, dans leur confinement comme dans leur vie quotidienne, d’autant de soins, de paroles et d’égards que les autres générations.

« Quelque chose a bougé : aux besoins de s’exprimer ou de se plaindre, bien compré-hensibles, se sont succédé des envies de mobilisation et de harangue »

On continue ? Les Suisses, pendant cette crise, ont peut-être aussi compris que la mort n’est pas un morceau plus facile à avaler quand on est vieux, même avec l’aide des formulaires de directives anticipées, servis, pandémie faisant, comme un pis-aller universel. Et que cette mort mérite d’être dite, expliquée, anticipée, quand elle devient inéluctable. Les EMS et leur personnel, durement éprouvés, en garderont un souvenir parfois insupportable. Aux familles, aux proches et aux services de soins de prendre, eux aussi, la relève !

Un espace s’est ouvert, une brèche, qui a rendu visible une part de la popu-lation que personne ne voulait plus voir, ni même entendre. Vos premières lettres nous montrent que les temps changent et doivent changer : parole à vous donc ! Ecrivez, échangez, proposez et nous publierons vos courriers comme vos protestations, et nous les ferons valoir dans l’espace public. Le temps, vous l’avez vu, est à la défense des sans-voix : jamais la vôtre, aujourd’hui, n’aura été plus attendue.

Bonne lecture, bonnes vacances à vous et rendez-vous en septembre !

 

Blaise Willa,
directeur de publication et rédacteur en chef

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