Me voiler la face ou tomber le masque ?

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Il me met mal à l’aise, lui qui, depuis quelques semaines, cohabite au fond de mon sac à main avec mon rouge à lèvres, son rival que je délaisse un peu en ces temps compliqués.

Oui, que faire du masque qui attend patiemment que je lui fasse de la place dans ma vie... Son usage me pose encore pas mal de questions, au début de mai. Serons-nous devenus accros l’un à l’autre en juin, impossible à le dire pour l’instant ?

Je le trimballe dans un sachet transparent au risque que le plastique ne se déchire et que la mascarade programmée ne tombe à l’eau. Me voiler la face ou tomber le masque ? Facile de jouer avec les mots autour de cet accessoire léger, mais pas donné depuis qu’on le dit indispensable à notre quotidien.

Qu’il ne soit pas toujours obligatoire complique l’existence. Masque ou pas masque dans ce magasin bio où chacun puise riz, pâtes et fruits secs en vrac dans des bocaux ? Se rendre au garage avec ou sans pour faire changer ses pneus ? Et cet artisan qui va venir estimer un meuble à retaper, le laisser entrer ? Avec ou sans masque ?

Au salon de coiffure, entrer déjà masquée ou coincer l’élastique derrière les oreilles seulement une fois installée dans le fauteuil ? Ma coiffeuse habituelle refusant d’accueillir les personnes à risque, je vais livrer ma tête à une inconnue. Ne faut-il pas lui permettre d’entrevoir la forme de mon visage ? J’en oublie de me désinfecter les mains avant de farfouiller dans mon sac, de saisir, puis de mettre en place le dit objet. Aïe.

Je marche volontiers en montagne avec un ami, sans masque, nous respectons la distance. Pique-niquer chacun sur son rocher confirme l’évidence, nous sommes tous les deux déjà un peu sourds. Mais je l’ai presque insulté l’autre jour lorsqu’il a galamment ramassé, du bout d’un doigt, mon trousseau de clés tombé par terre. Je me suis même ruée sur mon désinfectant. En amie ridicule ou en citoyenne responsable ?

Ce nouveau théâtre de rue traverse nos multiples incohérences, dévoile ici notre désinvolture, là notre trop-plein d’inquiétude. Mon masque et moi tanguons entre les postures, flirtant avec les côtés jardin pour revenir vers les côtés cour.  

 

Isabelle Guisan
Chroniqueuse de générations

On le scrute, le soupèse et le soigne. Car il nous préoccupe, ce corps qui prend de l’âge, et nous nous en occupons.
Toujours en forme et avec les formes d’usage, Isabelle Guisan s’en inquiète et s’en amuse.

 

 

 

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