Maman, la pluie et le paradis

©Loris Von Siebenthal

Nous sommes réunis aujourd’hui pour dire un dernier adieu à Catherine. C’est un temps particulier, celui que nous allons vivre, suspendu entre la présence et l’absence, entre la révolte et le désespoir, entre le tout et le rien. »

Catherine, c’est ma maman, celle de mes frères et sœurs, c’est la grand-maman de mes enfants, de ceux de mes frères et sœurs, la sœur de sa sœur, la très belle-mère, l’ancienne collègue, la tante, la marraine, l’amie fidèle. Catherine, c’est une grande dame remplie d’amour, de valeur, de principes et d’humour. On était nombreux dans ce temple de Cologny. C’était fou, irréel, c’était beau. C’était même drôle. Il y a eu les mots courageux d’Arthur, la voix pure de Ghislaine et des fleurs colorées. L’orgue résonnait partout.

Il pleuvait si fort dehors, et nous on pleurait beaucoup dedans. Il pleuvait très fort dans le ciel, lui aussi, comme le temps, suspendu, au-dessus de ce lac que tu aimais tant. Je me souviendrai longtemps des mots de Dominique Roulin. J’étais, comme le temps, comme le ciel, suspendue, à ses lèvres. Elle a réussi à dire l’indicible, si justement, pour qu’on soit, tous ensemble, tout proche de toi.

Même si ton absence est très présente et se fait sentir, ton départ, maman, il ne fait pas mal. C’est juste un très gros chagrin. Un gros nuage qui pleut un peu tous les jours depuis que tu n’es plus là. Mais, quand le nuage se vide, restent les souvenirs, dans un ciel bleu, qui se déchire, avec du soleil qui brille fort. J’espère que tu es bien arrivée? Ça m’embête que tu ne puisses pas me laisser un petit SMS, pour me dire que tout va bien. « T’inquiètes pas, me disaient Eliott et Savannah, Grand-mi, elle est au paradis des grands-mamans. » Oh, moi aussi, un jour, je veux y aller ! On doit y faire plus de crêpes, de poulets rôtis, de tartes aux pommes et de farces que de dessous de plats en crochet. Oui, c’est « un temps suspendu entre le tout et le rien ». Je ne garde que « le tout » : tout ce qu’on a partagé, tout ce que tu m’as donné, tout toi, tout cet amour. Merci Maman.

Brigitte Rosset

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