Les tabliers de mon enfance

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C’est en cherchant dans une pile un peu oubliée un tablier pour en équiper mon petit-fils qui voulait préparer un cake avec moi que j’ai compris les raisons de mon aversion pour la couture.

Ce n’est pas un, mais trois petits tabliers que j’ai retrouvés, tous patiemment cousus à la main jusqu’au bout de leurs interminables bretelles lors des leçons de couture que j’ai subies à l’école. « C’est ça que vous faisiez ? », s’étonna mon petit-fils qui, lors de ses cours de bricolage, crée plein de choses qui le passionnent, mais surtout pas des tabliers !

Me sont revenues d’un seul coup ces leçons interminables où l’on devait apprendre à tricoter et à coudre pour être, plus tard, une bonne ménagère et une maîtresse de maison digne d’être épousée ! Car c’était ça le but premier de la formation des filles. J’avais même appris, à mon corps défendant, à rapiécer des draps troués avec des pièces « à quatre coins ». Un vrai supplice que je n’ai pas oublié. Je réalise aujourd’hui que le tablier était, à l’époque, un symbole. C’était l’attribut parfait des femmes qu’on tenait à cantonner à la maison et qu’on peinait à imaginer ailleurs que devant leurs casseroles ou derrière leur aspirateur. Ces tabliers étaient une façon de nous préparer à bien remplir notre futur métier de femme au foyer, dépendante et soumise.

Pour moi, refuser d’aimer la couture quand on y a été contrainte de façon si peu motivante était une façon de dire non à ces assignations à un rôle féminin peu valorisant qui cantonnait les femmes à la maison. Cela ne m’a toutefois pas empêchée de choisir de suivre les cours facultatifs de cuisine proposés au gymnase. Puis, les années septante sont venues avec les revendications féministes que j’ai défendues avec enthousiasme dans la rue. Finis les tabliers comme emblème de la femme, bonjour la liberté de choisir son avenir, sa carrière, professionnelle ou ménagère, ou les deux à la fois, un cumul qui vaut aux femmes de vivre des journées bien remplies et parfois stressantes, mais en fin de compte épanouissantes et surtout en accord avec leurs désirs et leurs talents.

 

Nous, les femmes
par Nicole Métral

 

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