Le nouveau mec de maman

©RTS/Jay Louvion

A cœur joie, la chronique de Martina Chyba

Nous avons tous vécu ces épisodes délicieux où nos enfants posent des questions sur la sexualité à des moments tout sauf adaptés. L’un de mes enfants, à 10 ans, en plein repas de famille, avait demandé de sa voix suraiguë : « Maman, maman, hein dis que rouler une pelle ça veut dire sucer la quique ? » Pardon, mais c’était formulé exactement comme ça. « Heu… non mon cœur, cela concerne deux zones du corps différentes, rouler une pelle, c’est faire un bisou avec la langue, quant à l’autre chose, je ne sais pas qui a pu mettre cette image dans ta tête… finis ton poisson pané, on va passer au dessert. » Ensuite, il y a cette phrase savoureuse avec vos ados, quand vous essayez, faussement relax, d’aborder le côté médical de l’amour : « Lorsque ce sera le jour, n’oublie pas de te protéger… » Et que votre progéniture vous répond en levant les yeux au ciel : « Il y a longtemps que c’est fait maman. »

Et puis, il y a les jeunes adultes. Avec eux, on peut parler de sexualité assez librement. Mais pas de la leur. Et encore moins de la nôtre. Si vous êtes en couple depuis vingt-cinq ans, vos enfants imaginent que vous n’avez aucune vie intime, à se demander même s’ils se rendent compte que vous les avez conçus. Pour eux, papa et maman sont deux personnes qui dorment en pyjama après avoir bouquiné un moment. Mais, dans notre monde en mouvement, il y a de plus en plus de parents solos. Il risque donc d’y avoir un nouveau mec de maman ou une nouvelle meuf de papa ou si ça se trouve, un nouveau mec de papa ou une nouvelle meuf de maman. Bref, l’enfant va être obligé de se représenter son parent sans pyjama et faisant autre chose que bouquiner.

 

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Et autant nous n’avons pas envie de savoir que la chair de notre chair s’envoie en l’air dans la chambre d’à côté, autant la chair de notre chair n’a pas envie de savoir que sa mère ou son père fait pareil. Avant, les enfants attendaient que les parents partent en week-end pour profiter de l’appartement. Et on leur donnait très précisément l’heure de rentrée. Aujourd’hui, ce sont eux qui libèrent le territoire dans des scènes assez chou : « Maman, je vais dormir chez Lucie, comme ça vous êtes tranquilles. » Et puis, il y a le soir où votre fille vous pose des questions sur le mariage et l’accouchement. Vous essayez de faire comme si vous n’aviez rien entendu. Mais, à 56 ans, une surdité étant encore peu plausible, alors oui… vous expliquez qu’avoir eu des enfants, c’est la meilleure chose que vous ayez faite.

 

Martina Chyba

 

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