Le goût du crime

Marlyse Tschui. © DR

Les petits écrans, la chronique de Marlyse Tschui.

Je devais avoir 9 ou 10 ans. Le lundi soir, je faisais semblant d’aller dormir. En réalité, j’écoutais dans mon lit, le transistor caché sous le duvet, la pièce policière de la Radio suisse romande. Soixante ans plus tard, en regardant un bon thriller, je suis capable de rester scotchée devant mon écran jusqu’au bout de la nuit. Tout crime a quelque chose de fascinant. Non en raison de l’acte lui-même, mais à cause du mobile qui a conduit l’auteur à le commettre et de l’enquête qui permet de le débusquer. En quelques décennies, les films policiers ont bien changé. Ceux de ma jeunesse ont pris un sacré coup de vieux. L’art du suspense a gagné en intensité, la psychologie des personnages en profondeur et les enquêtes en complexité.

L’utilisation par la police du profiling, des techniques informatiques et des analyses ADN y est pour quelque chose. Mais la fiction restant de la fiction, même le meilleur thriller n’a jamais réussi à me terroriser. Seuls me glacent le sang les pires criminels, ceux qui ont réellement commis des viols et des meurtres pour assouvir leur soif de toute-puissance. Non sans fierté, depuis leur prison, des tueurs en série ont accepté de raconter leur histoire face à la caméra. Leurs témoignages figurent dans des séries documentaires. Certains de ces psychopathes débitent les pires horreurs l’œil froid et l’air désinvolte, d’autres laissent échapper des sourires en se rappelant ce qu’ils ont infligé à leurs victimes. Aucun remords. Aucun respect de la vie humaine. A côté d’une telle cruauté, les meurtres relatés dans des émissions de télévision comme "Chroniques criminelles" ou "Les couples tueurs" me semblent d’une triste banalité. Ce sont les crimes du quotidien commis par appât du gain, perversité ou vengeance. Ou encore les féminicides, encore si nombreux. Vous savez ce qu’on dit? Qu’un homme tue sa femme pour qu’elle reste et qu’une femme tue son mari pour qu’il parte. A chacun son mobile…

Marlyse Tschui

0 Commentaire

Pour commenter