La guerre des générations n’aura pas lieu

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L'EDITO du mois d'avril, magazine générations

C’est un débat qui agite beaucoup nos voisins français depuis le début de la crise du Covid. Dernièrement, une enquête d’opinion a de nouveau mis le feu aux poudres sur les plateaux télé, puisqu’elle révélait que 56 % des personnes interrogées craignaient un conflit de générations, étant même 60 % à le redouter parmi les 18-34 ans. En cause : le sacrifice des plus jeunes au profit des plus âgés. Or, le constat s’impose : non seulement, la guerre n’a toujours pas eu lieu (en tout cas pas chez nous), mais un petit air réjouissant est même à l’œuvre depuis, qui pourrait rapprocher ces âges plutôt que de les opposer.

 

Vous vous en souvenez : il y a une année, pour se protéger du virus qui débarquait, on intimait avec brutalité aux personnes âgées de rester chez elles et on cloîtrait les plus à risque dans leur deux-pièces. L’économie s’arrêtait, les écoles fermaient. Que s’est-il passé ? Durant cette première vague, il y a bien eu quelques noms d’oiseaux échangés devant la Migros, quelques insultes pour les plus récalcitrants, mais globalement, les générations ont tenu bon. La fracture annoncée à l’envi n’avait pas lieu.

 

«En 2020, la guerre des générations n’a pas eu lieu, grâce à l’engagement de tous. Mêmes usés, restons solidaires aujourd’hui»

Mieux encore : on a vu, surpris, ces mêmes générations s’entraider, un sac à commission sur le palier pour son grand-père, des mots tendres « zoomés » pour sa grand-tante. Oui, comme si, tout à coup, en plein confinement, on découvrait qui étaient les vieux, qui étaient les jeunes et quels étaient l’amour ou la solidarité qui les liaient. Comme le rappelle Simonetta Sommaruga qui, dans l’interview qu’elle nous a accordé, salue la cohésion alors à l’œuvre : « C’était extraordinaire de voir tous ces petits-enfants qui saluaient leurs grands-parents du trottoir ! »

Au travers du tragique — l’isolement, la solitude, la mort hélas parfois —, chacun redécouvrait l’importance des liens intergénérationnels, la réalité de sa propre fragilité et l’absolue nécessité des baisers que l’on envoie, encore, de loin. Les jeunes, qu’on imaginait hostiles, se révélaient tolérants, parfois inquiets, plus en colère contre les règles sanitaires que contre tous ces « vieux » auxquels ils tenaient. 

La leçon ? Un appel plutôt: alors que les jeunes, ces autres grandes victimes de la crise, peinent aujourd’hui à retrouver leur souffle, alors que l’économie est au plus bas, des voix s’élèvent de nouveau pour contester la priorité au vaccin donnée aux personnes âgées. En 2020, la guerre des générations n’a pas eu lieu grâce à l’engagement de tous. Mêmes usés, restons solidaires pour qu’elle n’apparaisse pas ce printemps : c’est ensemble, et ensemble seulement, que nous arriverons à bout du virus.

 

Blaise Willa,
directeur de publication et 
rédacteur en chef

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