L’esprit confiné

©Istock

Les Fantaisies, la chronique de Jean-François Duval

Et voilà : après deux mois de semi-confinement arrivent déjà l’été et les vacances. Décidément, il s’agit d’apprendre à ne rien faire ! Une chose m’a frappé pendant cette pandémie : c’est à quel point on a cru bon d’associer l’idée de LIBERTÉ à celle de MOBILITÉ. L’impératif « Restez à la maison » est apparu à beaucoup comme une entrave liberticide, voire une atteinte aux droits humains les plus fondamentaux. Bon, aujourd’hui, chacun semble de nouveau libre : à nous les allées et venues, vive les vacances, tous les déplacements sont permis (sauf éventuelle « deuxième » vague) ! Mais la liberté se résume-t-elle vraiment à cela ? A notre mobilité ? Libres, le sommes-nous vraiment ? Quand s’ouvre la route des vacances, n’est-ce pas surtout une illusion de liberté que nous nous donnons ? En Suisse d’ailleurs, l’étions-nous vraiment, prisonniers ? Pieds et poings liés ? Coincés derrière des barreaux ? Au vu des règles de « bonne conduite » qui nous ont amenés à respecter le semi-confinement, n’était-il pas indécent de se prétendre PRIVÉS DE LIBERTÉ, comme l’ont fait certains, qui ont poussé de hauts cris dans les médias.

A  leurs  yeux, le semi-confinement, c’était presque Guantanamo. Je crains que ces gens-là ne soient justement eux-mêmes prisonniers d’œillères plus qu’étroites. Bien sûr, la liberté physique est importante, on aime pouvoir bouger. Mais l’idée de liberté n’est-elle pas encore d’un autre ordre, pluridimensionnelle et beaucoup plus vaste (par exemple, une affaire de regard, comme y  insistait l’existentialisme de Jean-Paul Sartre) ?

A cet égard, je crois que notre « liberté retrouvée » est plus que relative. Le « déconfinement » nous a rendus à nous-mêmes, oui. Mais justement, que faisons-nous de nous-mêmes ? Ce que je constate, à l’heure des départs et des vacances, c’est que chacun reprend les chemins de la pensée la plus convenue, que personne n’aspire autant à rejoindre le moule commun et à renouer avec ses plus moutonnières habitudes. La vérité est que nous sommes d’éternels prisonniers. Prisonniers de nos attentes. Assujettis à nos humeurs, impulsions, souhaits, passions, à nos idées reçues et à nos schémas mentaux. Quand le rêve de millions de gens est de bientôt s’allonger sur une plage, comment ne pas voir que, en matière de liberté, ce ne sont pas nos jambes, mais nos esprits qui sont confinés ?

 

 

 

0 Commentaire

Pour commenter