L’accent du pays

©iStock

Ah, redécouvrir l’Emmental, pas le fromage à trous, la région pentue où les collines sont si soigneusement tondues — ou broutées — qu’on dirait un grand jardin. Béer d’admiration devant les larges toits des fermes tout en bois et les jardins si fleuris que … mais pas besoin faire un dessin, cette beauté helvétique n’a rien d’étonnant ici, au cœur du canton de Berne.

J’ai donc cheminé, l’autre jour, sur un sentier pentu où abondaient myrtilles, framboises et surtout des familles entières d’amanites dressées autour de vieux troncs avec, ici et là, de magnifiques bolets pas encore repérés. Pour les quatre copains suisses allemands avec qui je marchais, le déclic, la ruée sur l’appareil photo et le couteau. Ce jour-là, le niveau sonore des voix qui paraît tout naturel outre-Sarine m’a paru une fois de plus assourdissant, et cela alors que mon ouïe n’est plus au top. J’ai ralenti en me demandant, à l’arrière des conversations, pourquoi ce breites bärndütsch me semblait si envahissant. J’ai aimé vivre en Suisse allemande, y ai rencontré des gens merveilleux, les fermes croisées ce jour-là étaient magnifiques, les fleurs sublimes et tout et tout. Pour illustrer combien j’aime la Suisse allemande, quand à la fin de notre randonnée, un de mes copains marcheurs a commandé au bistrot la double Wurstsalat qu’il avait fantasmée pendant toute la descente, je n’ai pas bronché. La montagne de cervelas qui couvrait son assiette m’a paru tout à fait digestible, puisqu’elle n’interférait pas avec mon café glacé.

Non, la seule chose qui me chicane de plus en plus avec l’âge, c’est le niveau sonore. Par exemple, cette femme agréable au sourire charmant qui dialoguait volontiers en marchant. Les voyelles enflaient et les consonnes ricochaient sur l’alpe et sur moi qui me raidissais contre l’envahissement de mon silence. A la gare, j’ai pris conscience que j’avais perdu mon billet de train et n’avais pas assez d’argent pour en acheter un autre. La même Bernoise a volé à mon secours. Oubliée mon obsession sonore, assise à côté d’elle dans le train, je n’ai plus perçu que sa générosité.

 

Isabelle Guisan, chroniqueuse

0 Commentaire

Pour commenter