Il donne à voir les villages hier et aujourd’hui

©Yves Leresche, DR

Jean-Marc Ray a profité de sa retraite pour photographier, sous le même angle de vue, les lieux figurant sur d’anciennes cartes postales. Une manière ludique d’approcher l’histoire que ce passionné a partagée, durant le semi-confinement, sur un site internet.

Dix ans déjà que Jean-Marc Ray, 75 ans, a pris sa retraite après une belle carrière chez un constructeur de machines à l’international, basé à Lausanne. Enfin le temps de se consacrer à une passion qui ne date pas d’aujourd’hui : « Le passé et l’histoire m’ont toujours intéressé. Déjà à l’école, j’avais plaisir à me plonger dans l’histoire de la Grèce antique et l’histoire européenne du Moyen-Age au XVIIIe  siècle. »

Bien décidé à ne pas se laisser abattre par la période de semi-confinement, cet enfant de Bonvillars, dans le Nord vaudois, s’est donc trouvé une noble occupation : la création d’un site internet exposant son approche comparative d’anciennes cartes postales de villages vaudois avec des photos actuelles. On découvre alors l’évolution des villages, des bourgs et des villes de ce canton.

Pour construire ce travail à dimension pédagogique, Jean-Marc Ray ne s’est pas mué pour autant en chineur. Moins intéressé par les cartes en elles-mêmes que par la mise en perspective visuelle du passé et du présent, il se base, en autre, sur une collection de cartes publiées par le quotidien 24heures. « Depuis bien des années, j’ai conservé des coupures de presse. C’est une photo du village de ma jeunesse, parue en mai 2019 qui m’a donné le déclic. » Sur cette carte postale, on découvre Bonvillars en 1920. Remontent alors des souvenirs familiaux qui font vibrer tout à la fois la corde émotionnelle et documentaire de Jean-Marc Ray. Ni une ni deux, il se rend sur place et photographie la rue qu’il connaît si bien. L’un de ses petits-fils lui conseille de s’armer de son smartphone, « plus puissant que son appareil ».

Commence alors un périple dans le canton de Vaud. « Au début, j’ai regroupé les prises de vues par région. Avec mon épouse, nous avons découvert la richesse et la beauté de certains villages, de maisons anciennes et de clochers. Nous sommes tombés sur des inscriptions étonnantes et des peintures murales. » Au fil de ses pérégrinations, le photographe amateur suscite la curiosité des habitants : « Il faut toujours dire ce qu’on fait ! » A Dompierre, par exemple : « Je m’engage sur un chemin de ferme. Une dame dans son jardin m’interpelle : « Qu’est-ce que vous faites ? Ah oui, faites ! » Le mari s’approche. Je lui parle d’un copain d’école originaire de ce village. On évoque la disparition du chœur d’hommes, de la société de gym et celle du bistrot. Et le voilà qui me dit : « Vous savez, maintenant, les gens, ils se rencontrent à la déchetterie. Si un gars y ouvrait une buvette, il ferait des affaires. » Une remarque qui m’a fait beaucoup réfléchir. »

 

Documentation à l’appui

Au début, Jean-Marc Ray y va « au feeling », quitte à se laisser surprendre par des découvertes fortuites : « Pour la petite histoire, j’ai recherché vainement une église dans un village du Gros-de-Vaud. J’ai bien trouvé un temple réformé et une église catholique. Sauf que celle de la carte a été démolie vers 1900. » Par la suite, notre historien amateur se documentera en s’appuyant notamment sur le Guichet cartographique du canton de Vaud ou sur celui de l’Union des communes vaudoises ou encore d’autres parutions de livres et de revues spécialisées.

Membre du groupe de généalogie de Connaissance 3, l’Université des seniors, Jean-Marc Ray a su mettre à profit des techniques de recherches apprises dans ce cadre. Il sait désormais comment dénicher une information ou un document dans les Archives cantonales vaudoises. A la suite de ses expériences, il a eu également le plaisir d’instruire, à son tour, ses camarades de Connaissance 3 sur les possibilités de recherches offertes dans les registres paroissiaux et de l’Etat civil. Sans la pandémie, ce passionné aurait d’ailleurs présenté son travail sous la forme d’une conférence intitulée : « Les villages, les bourgs et les villes, hier et aujourd’hui dans le canton de Vaud. » En lieu et place de cette présentation en direct, le site internet remplit la fonction avec ses 190 fiches disponibles.

Pour ce père de deux fils et grand-père de cinq petits-enfants qui a consacré une bonne partie de sa vie à des activités bénévoles, ce nouveau passe-temps est essentiel. « J’ai ressenti le besoin de lever le pied après m’être beaucoup engagé dans le monde associatif. Très jeune, j’ai été le secrétaire du club de foot de mon village natal. J’ai milité dans le cadre de l’Association des parents d’élèves, j’ai été caissier paroissial, ai présidé un club sportif et œuvré pour l’Abbaye de Bonvillars. » Jean-Marc Ray a ainsi « surpris son monde » en se présentant dans le costume d’historien amateur. Pas peu fier, et à raison : « J’ai eu des félicitations. Mais aussi de l’étonnement de la part d’amis de jeunesse. Oui, parce que j’ai été longtemps le « semeur » de l’équipe et que, tout d’un coup, je fais des choses sérieuses. »

Aujourd’hui, Jean-Marc Ray a le sentiment d’opérer une synthèse salutaire : « J’ai été passionné par les nouveautés dans mon travail de gestionnaire de produits et de projets. Aujourd’hui, je constate que l’histoire lointaine et le futur proche auront conditionné mes axes de vie privée et professionnelle. »

Nicolas Verdan

 

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Quelle géniale idée, j'aime beaucoup ce type d'approche.