Esthétique et toc !

©RTS/Jay LOUVION

A cœur joie, la chronique par Martina Chyba

Vous savez ce qu’on dit : « A partir de 60 ans, si tu te lèves et que tu n’as mal nul part, c’est que t’es mort ! » Eh bien, il y a un autre moment délicieux dans le vieillissement, c’est le jour où on se regarde dans la glace et on se dit : « T’as vraiment une sale gueule. » Ne me dites pas que ce n’est pas vrai, que, quand on a une bonne estime de soi, on n’a pas peur de vieillir. N’écoutez pas non plus les actrices qui affirment : « Je n’ai jamais été plus épanouie qu’à 50 ans. » C’est comme le haut de nos cuisses : du flan. Le jour arrive immanquablement où on se dit : « Il faut faire quelque chose. »

Alors, comme vous êtes déjà au régime, que vous prenez des hormones, que vous faites votre footing scrupuleusement trois fois par semaine, que vous buvez tous les matins une mixture faite de tisane, citron, miel, curcuma, gingembre, cannelle et poivre (c’est vrai en plus !), vous vous dites :

 

« Mais qu’est-ce que je peux faire de plus ? » Et c’est comme ça que, bim !, vous vous retrouvez chez un chirurgien esthétique.

 

Moi, j’ai fait une opération qui porte le doux nom de « blépharoplastie » et qui consiste à enlever une partie des paupières supérieures quand elles tombent et vous donnent un air de cocker dépressif, alors même que vous croyez être en pleine forme. Cela m’a occasionné trois cicatrices, deux sur les yeux et une sur le rein, que j’ai dû vendre pour m’offrir l’opération. J’ai vécu cette expérience extrême pendant laquelle, réveillée et les yeux ouverts, j’ai senti que la chirurgienne me coupait le haut de l’œil, en parlant tranquillement de la météo. J’ai vécu la poche de glace sur la douleur qui se réveille, et le premier miroir avec les fils, le sang coagulé, les œdèmes, où on se dit qu’on a peut-être fait une bêtise irréversible. J’ai vécu le retour au travail avec les bleus qui descendent sur le bas du visage, les verres fumés et ma cheffe qui me dit : « Ouch, on dirait que tu as passé la nuit avec Weinstein et Ramadan réunis. »

Mais depuis, j’ai aussi vécu de gros changements, j’ai littéralement ouvert les yeux, et trouvé, comme par hasard, un appartement, un nouveau poste et un amoureux. Cela ne veut pas dire que je n’ai plus une sale gueule devant la glace le matin. Mais, au lieu de me payer un vélo électrique, un sac à main ou un week-end, je me suis payé un nouveau regard sur moi.

 

 

Martina Chyba

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