Entre rires et larmes

Marlyse Tschui. © DR

Les petits écrans, la chronique de Marlyse Tschui.

Drôle de soirée. A 19h30, je regarde le Téléjournal. Images terribles de la guerre en Ukraine, nouvel appel du président Zelensky à la solidarité internationale. Les despotes de Russie, de Chine ou d’ailleurs poursuivent leurs tentatives d’éradiquer toute velléité démocratique. Déprimant.

A vingt heures, par curiosité, je décide de visionner la série qui fait le buzz sur les plateformes de streaming: «Le serviteur du peuple», une comédie politique écrite, réalisée et interprétée par Volodymyr Zelensky en 2015. Certains ont qualifié de prophétique l’histoire de ce petit prof d’histoire propulsé à la tête de l’Etat ukrainien grâce à ses élèves qui se sont servis de YouTube pour le faire connaître et soutenir sa candidature à la présidentielle.

Voici donc le nouvel élu, Vassili Goloborodko, bien décidé à mettre fin à la corruption qui gangrène tout le système politique. Il a promis au peuple de lui rendre le pouvoir et surtout l’argent de l’Etat dont les oligarques remplissent leurs poches. Les obstacles qu’il rencontre donnent lieu à des scènes rocambolesques et à des gags si hilarants que je n’en peux plus de me marrer. Le président Goloborodko refuse les privilèges et veut donner l’exemple. Il continue à vivre chez papa-maman et emporte dans un Tupperware le repas qu’il mangera au Palais présidentiel à midi. Il s’entoure d’une équipe honnête, mais incompétente, qui multiplie les maladresses. Pendant ce temps, les oligarques se régalent de caviar en établissant des stratégies pour se débarrasser de l’intrus. Je ris. Je ris beaucoup.

Mais en même temps, au fond de moi, j’ai des pincements au cœur lorsque des scènes contiennent des allusions moqueuses à Poutine, qu’il est question du port d’Odessa ou des liens entre l’Ukraine et l’Europe. Je me dis que ce film, c’était avant. Avant la guerre. Quand les Ukrainiens pouvaient encore s’amuser et rire de tout. Quand leurs villes n’étaient pas encore détruites. Quand ils n’étaient pas encore traités de «nazis» par la propagande russe. C’est dans cet étrange état d’esprit, entre rires et larmes, que je poursuis mon visionnement. Il est deux heures du matin. Je regarderai la suite demain.

Marlyse Tschui

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