Ensemble, mais lits séparés

© Jay Louvion/RTS

A cœur joie, la chronique de Martina Chyba.

Je sais que le monde est à feu et à sang, mais si on veut encore pouvoir s’endormir le soir, il faut aussi parler des petites choses de la vie… Et justement, à propos de dormir, il y a ce sujet crucial: on fait lit commun ou chambre séparée?

On s’est toujours dit que les chambres séparées, c’était un truc de vieux qui ronflent, après trente ans de mariage, quand on a trouvé la paix des sens (à savoir remisé la libido au garage avec les autres objets qui finiront dans un vide-grenier, malheureusement on ne peut pas vendre sa libido dans un vide-grenier, c’est ballot, ça aurait du succès) et que chacun préfère son confort, en particulier sonore. Certes, avec l’âge on dort mal, sur la table de nuit, il y a moins de sex toys et plus de médicaments, et on se lève souvent pour un dialogue nocturne avec sa vessie. Je me souviens que, quand ma mère a commencé à faire le repassage et le ménage à trois heures du matin, mon père se barrait assez souvent à la montagne. 

Ce qui m’interpelle, c’est que les jeunes revendiquent de plus en plus de faire chambres séparées aussi. Pas pour les mêmes raisons. Je soupçonne que c’est pour être tranquilles avec leurs écrans, et mater Netflix ou Tik Tok peinards. D’ailleurs, ils sont nombreux à préférer ça aux activités érotiques, semble-t-il. Ralala, dire que nous voulions faire l’amour pas la guerre, eh ben c’est réussi! C’est aussi très post-#MeToo. De nombreuses femmes se sentent indisposées par ce que les Anglais appellent élégamment «the crouching hand», la main rampante, celle qui vient quémander un câlin, l’air de rien. La chambre séparée simplifie ce problème de consentement, mais en pose d’autres. D’abord, à Genève par exemple, vu les prix des loyers, pour avoir une chambre disponible, il faut avoir gagné au Rento ou épousé un oligarque non touché par les sanctions internationales. Ensuite… qui vient chez qui? Quand? On décide entre la poire et le fromage? On fait un tableau Excel? Cela pose en fait la question de l’intimité: que sommes-nous prêts à partager? Est-ce que la proximité corporelle maintient le feu ou l’éteint? Mmmh? Vaste question. 

En ce qui me concerne, c’est réglé. En bonne citoyenne des années 2020, divorcée à 50 ans, ayant rencontré quelqu’un en ligne, entre travail, télétravail et obligations diverses, genre quelques enfants, nous faisons villes séparées! Alors, quand on est dans la même, on est aussi dans le même lit. Et on aime ça.

 

Martina Chyba

 

0 Commentaire

Pour commenter